PETITE HISTOIRE DE L’AGEG


L’Association Générale des Étudiants Guadeloupéens (AGEG) est créée le 27 mars 1928, à Paris, par Lénis Blanche, premier guadeloupéen et antillais admis à l’École Normale Supérieure.

Jusqu’au milieu des années 1950, l’AGEG a pour but de créer des liens de solidarité corporative entre les étudiants guadeloupéens expatriés dans l’Hexagone, défendre leurs intérêts moraux et matériels pendant la durée de leurs études et leur faciliter l’entrée dans leurs carrières une fois leurs études terminées.

L’AGEG va progressivement se politiser, suite à l’arrivée d’étudiants déjà sensibilisés aux revendications nationalistes, mais aussi au foisonnement de la pensée anticolonialiste en France. Cette politisation se traduit par l’émergence d’un nationalisme antillais prônant des idées autonomistes.

En 1955, l’AGEG quitte l’Union Nationale des Étudiants de France (UNEF) pour mieux affirmer son indépendance à toute forme de tutelle.


Elle organise, à Paris, le 25 mars 1956, 10 ans après la loi de départementalisation, un débat où cette loi est présentée comme un frein à l’émancipation politique, économique et culturelle des Antilles. Le 27 mai 1957, l’AGEG co-signe avec l’Association Générale des Étudiants Martiniquais (AGEM) une résolution pour l’autonomie de la Guadeloupe et de la Martinique.



Le 21 février 1958, lors d’une manifestation d’organisations étudiantes de soutien aux Algériens, l’AGEG défile avec une banderole revendiquant l’autonomie de la Guadeloupe et organise un premier congrès du 17 au 19 juillet 1958 pour affirmer sa position nationaliste. Cette politisation va attirer sur eux l’attention de la police et ils vont subir fréquemment contrôles d’identité, gardes à vue et sabotages d’initiatives.

Loin de les décourager, cela ne fera que les renforcer dans leur détermination. A partir de la fin des années 50, l’AGEG affirme davantage sa position nationaliste et va progressivement passer d’une revendication autonomiste à une revendication indépendantiste.


Pour s’implanter en Guadeloupe, l’AGEG profite des vacances ou des retours au pays définitifs de ses membres. Du 10 au 13 août 1960, l’AGEG organise, à Pointe-à-Pitre, une « Conférence de la jeunesse Guadeloupéenne » et crée un comité de coordination et d’action des jeunes.


L’AGEG va désormais fonctionner comme une sorte de centre de formation des jeunes expatriés aux idées patriotiques, à l’opposé du Bumidom qui, à peu près à la même époque, « siphonnait » la jeunesse et les forces vives de la Guadeloupe.


En décembre 1961, commence à paraître « Matouba », revue de l’AGEG et de l’AGEM, dont le Directeur est Michel Gélard-Thomachot et le rédacteur en chef, Jean-Claude Corbin. Cette revue va faire l’objet de plusieurs saisies avant de laisser place, en 1963, à un « Bulletin de l’Étudiant Guadeloupéen ».


Le 5ème congrès de l’AGEG, en avril 1963, mentionne, pour la première fois, l’impératif de souveraineté nationale à conquérir au moyen d’une lutte de libération nationale, ce qui provoque la colère des communistes de la Guadeloupe, farouchement attachés à l’autonomie. Dans cette perspective, certains membres de l’AGEG vont participer à la création du Groupement d’Organisation Nationaliste de la Guadeloupe (GONG) en juin 1963.


En février 1970, le « Bulletin de l’Etudiant Guadeloupéen » laisse place à un journal indépendantiste intitulé « Le Patriote Guadeloupéen » où l’AGEG réaffirme sa volonté de « participer, comme par le passé, de toutes ses forces à la juste lutte entreprise par le peuple guadeloupéen pour son indépendance nationale. » Le journal, bien que rédigé quasi-entièrement en français, soutient la promotion du créole. Une « Charte de l’étudiant guadeloupéen » est aussi élaborée dans laquelle les militants reprennent les principales directives et règles de conduite de l’association.


L’AGEG a été une école de formation qui s’est employée à doter ses militants de bases théoriques pour comprendre la situation politique, en se référant à des écrits de Frantz Fanon et de révolutionnaires tels que Cabral et Castro, considérant qu’il y avait un besoin de cadres rouges et experts, rouges pour la révolution et experts dans leur domaine afin de revenir mettre cette connaissance au service du pays. Il a régné une certaine éthique au sein de l’association qui a prôné un comportement exemplaire dans le style de vie et la réussite des étudiants.


L'action de l'AGEG n’a pas été seulement politique. Elle a travaillé également à la promotion du sport, de la jeunesse, de la culture et s’est préoccupé de la situation des femmes en Guadeloupe.

L’objectif de « ponnyèt é konprinèt », d’action et de réflexion, a été le fer de lance de l’association et nombre d’ex-membres de l’AGEG, aujourd’hui acteurs de la scène politique, économique et culturelle de la Guadeloupe, veulent continuer, à leur niveau, à « lutter contre les disparités sociales et contribuer au développement de la Guadeloupe ».


C’est pour tenter de ranimer la flamme des premiers temps que les anciens de l’AGEG ont organisé le 28 juin 2009, une journée d’information et de partage où se sont retrouvés nombre d’anciens tels que Jean Théodore, (ex UPLG, agriculteur), Roger Valy Plaisant, (écrivain) Frantz Succab (journaliste et dramaturge), Félix Cotellon (avocat, fondateur du Festival de Gwo Ka), Roland Minatchy (professeur, emprisonné en Mai 67), René Beauchamp (enseignant, ancien Secrétaire Général du SPEG) et Ary Broussillon (ancien maire de Petit-Bourg).

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