HISTOIRE - JOSEPH LEON BUTEL UN GUADELOUPEEN MAIRE DE BRAZZAVILLE AU CONGO COMBAT L’INJUSTICE

Joseph Léon Jean Baptiste Butel naît le 12 juin 1879, à Pointe-Noire, en Guadeloupe. C’est le fils de Louis Emmanuel Butel et de Marie Louise Amélie Maupetit.



Il étudie à l'Ecole Coloniale de Paris où il obtient le diplôme d’administrateur des colonies. Il est ensuite affecté à Madagascar de 1902 à 1905. Il sert ensuite au Congo français, puis au Gabon et au Moyen Congo. En 1907, il est envoyé en Oubangui-Chari pour inspecter la société M’Poko, une compagnie française d’exploitation de caoutchouc ayant obtenu, comme d'autres, en 1899, une concession pour une durée de 30 ans dans ce territoire du Congo français, devenu par la suite la colonie de l'Oubangui-Chari (actuelle Centrafrique).


Pendant une année entière, avec l'aide des juges Gaston Guibet et Edmond Michellet, Butel mène son enquête sur la société concessionnaire M’Poko. Guibet, Michellet et Butel confisquent les livres de comptes de la compagnie, les chiffres sur l'utilisation des cartouches ainsi que la correspondance privée du chef de zone de la compagnie et de son directeur en Afrique. Ils interrogent également des centaines d'indigènes et les Européens encore présents sur les lieux.


Son rapport d’enquête, un document de 12 kilos, ne laisse aucun doute sur la responsabilité écrasante de la société M’Poko dans le meurtre d’au moins 750 indigènes, mais probablement plus de 1.500. Derrière la façade respectable, dans ces territoires reculés et peu peuplés, là où l'administration était quasiment absente, les pires crimes étaient commis pour forcer les indigènes à atteindre le rendement escompté pour l'exploitation du caoutchouc. Ainsi, séquestrations, châtiments corporels et exécutions étaient la règle.

Ce rapport conduit à l'inculpation de 236 personnes, dont 17 Européens. À l'époque, le procureur général est un autre Guadeloupéen, Arthur Henri Cougoul, qui travaille en coordination avec Butel et vérifie toutes les informations contenues dans le rapport.


Les supérieurs de Butel reconnaissent son intégrité et font l'éloge de son travail, mais les poursuites judiciaires ne sont cependant pas engagées et les enquêteurs ferment invités au silence. L'affaire est finalement étouffée, en 1909, par le ministre des colonies de l'époque, Raphaël Milliès-Lacroix, afin de préserver le prestige colonial de la France, dans le contexte international de dénonciation des crimes commis au Congo belge.


Butel devient maire de Brazzaville entre 1909 et 1911, puis prend sa retraite pour raisons de santé et retourne en Guadeloupe. Il meurt, le 24 janvier 1929, à Trois-Rivières, en Guadeloupe.


Contribution Anthony Jean

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