MADAGASCAR : LES MINES DE SAPHIRS CONDAMNENT LES LEMURIENS A L'EXTINCTION


Madagascar possède la troisième plus riche biodiversité au monde, derrière le Brésil et l’Indonésie. Huit plantes et animaux sur dix y sont endémiques. Le pays compte soixante-deux espèces de caméléons, ainsi que trois cent espèces de reptiles et autant d’amphibiens, dont 99 % d’entre eux ne vivent nulle part ailleurs. Madagascar est également le seul endroit sur Terre, avec l’archipel des Comores, à abriter des lémuriens à l'état sauvage. Il en existe cent-treize espèces, la dernière ayant été identifiée pas plus tard que l’année passée.

Ces animaux charismatiques attirent environ 250 000 visiteurs par an ; le tourisme génère plus de 6 % du PIB du pays et 5 % des emplois. Pourtant, presque la totalité des espèces de lémuriens sont menacées : trente-huit, parmi lesquelles l’indri, sont en danger critique, et dix-sept ont déjà disparu. Les écologistes et les primatologues redoutent désormais les conséquences de l’extraction de pierres précieuses sur l’habitat restant des lémuriens, dont 90 % a disparu à cause de la déforestation et de l’urbanisation.

« Les mines de pierres précieuses peuvent être un facteur majeur de la réduction de l’habitat », explique Christoph Schwitzer. « Elles peuvent détruire une zone protégée relativement vite. »

Les forêts de Madagascar sont protégées par le gouvernement depuis le 18e siècle, lorsque le roi Andrianampoinimerina a interdit l’abattage d’arbres vivants pour se chauffer. Mais au début du 19e siècle, les colons français ont commencé à abattre les arbres de manière intensive pour faire place aux cultures vouées à l’exportation. En quelques décennies, 75 % de la forêt primaire du pays a été coupée.

En 1927, les Français ont interdit la chasse aux lémuriens et créé la première réserve naturelle d’Afrique, mais en 1990, trente ans après l’indépendance de Madagascar, la moitié des forêts restantes avaient disparu.

En 2003, Marc Ravolamanana, alors président du pays, initie une expansion considérable des zones protégées, quadruplant leur superficie à l’horizon 2016. Mais la forêt tropicale de l’Est, qui englobe le CAZ, où des indris et d'autres espèces de lémuriens vivent, n’a cessé de reculer.

Avant l’arrivée des humains, elle s’étalait sur 11 millions d’hectares ; en 1985, elle n’en comptait plus que quatre millions. Depuis, la déforestation s’est accélérée dans certaines zones, apprend-on dans une étude menée par Lucienne Wilmé, coordinatrice nationale pour Madagascar au World Resources Institute (Institut des ressources mondiales en français), un organisme de recherche situé à Washington.

Admettant qu’il n’avait ni l’argent, ni les effectifs nécessaires pour assurer une protection environnementale efficace, le gouvernement de Madagascar a confié en 2012 la gestion du CAZ à Conservation International, une organisation environnementale américaine à but non lucratif. Alors qu’il est interdit depuis 2015 d’abattre des arbres de forêts primaires pour l’agriculture, l’exploitation forestière et minière, 0,5 % de la superficie des forêts vestigiales protégées disparaît chaque année, indique Eric Rabenasolo, directeur général des forêts au ministère malgache de l’Environnement et du Développement durable.

Comme cela est presque entièrement réalisé dans le cadre de « l’économie informelle », ce qui correspond à des activités et emplois non régulés par le gouvernement, il est impossible de savoir avec exactitude combien d’hectares de forêt ont été abattus pour laisser place aux mines de pierres précieuses. Les gisements de gemmes sont peu profonds et faciles à trouver ; par conséquent, les équipements identifiables de taille industrielle ne sont pas nécessaires.

À mesure que d’autres arbres sont abattus, les différents groupes de lémuriens entrent en contact les uns avec les autres et des combats ont lieu afin de s’approprier les ressources. Il s’agit là d’un autre problème selon Patricia Wright, qui ajoute que les lémuriens sont encore plus vulnérables en raison du déboisement pour laisser place aux mines, les humains n’ayant plus besoin de s’enfoncer dans la forêt pour les chasser.

#environement

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