LA SUISSE EXPORTE EN AFRIQUE DES CIGARETTES PLUS TOXIQUES


Dans son dernier rapport, l’ONG Public Eye révèle le « deux poids, deux mesures » des cigarettiers suisses.

Ils peuvent en toute légalité exporter des cigarettes dont les taux de nicotine sont deux fois plus élevés que les normes européennes, ce qui entraîne l’augmentation des effets d’addiction.

L’intérêt est d’autant plus grand pour les géants du tabac que le continent africain devrait connaître une forte accélération de son nombre de fumeurs.

C’était un secret de polichinelle à Lausanne, où les géants des cigarettes suisses ont leurs bureaux, et celle de Neuchâtel où se trouvent leurs usines. Une enquête publiée le 21 janvier dernier par l’ONG suisse Public Eye (ex-Déclaration de Berne) a révélé au grand jour la politique « deux poids deux mesures » du milieu : les cigarettes suisses vendues en Afrique sont plus toxiques que celles fumées en Europe.

La Suisse, dont les exportations de cigarettes (75 % de la production) sont très légèrement inférieures en valeur à celle de fromages, peut en toute légalité produire sur son territoire, puis vendre en Afrique, des cigarettes dont les taux de nicotine sont deux fois plus élevés que les normes européennes. « Ce sont des usines quasi exclusivement dédiées à l’exportation », confirme la journaliste Marie Maurisse, qui a enquêté pendant un an avant d’être en mesure de publier les résultats de son travail.

« Pour moi, c’est un gage de qualité »

Sans surprise, alors que leurs bureaux sont situés de l’autre côté de la rue, les départements de communication des industries concernées ont frileusement répondu aux sollicitations de la journaliste.

Du côté africain, pas mieux : Marie Maurisse a d’abord cherché en direction de l’Afrique du Sud, deuxième pays du continent à importer le plus de cigarettes suisses, mais la traçabilité n’étant pas obligatoire, il s’est avéré très compliqué de mettre la main sur des paquets made in Switzerland.

C’est finalement au Maroc, où 9000 tonnes de cigarettes suisses ont été exportées en 2017, que les recherches se sont avérées fructueuses. Le rapport de Public Eye relaie les témoignages de plusieurs consommateurs : ils savent qu’ils achètent suisse, et en sont fiers. Ibtissam assure par exemple : « Pour moi, c’est un gage de qualité. Elles sont meilleures que les marocaines ».

Augmentation des effets d’addiction.

Grâce à un partenariat inédit avec un laboratoire de l’Institut de Santé au Travail, à Lausanne, membre d’un réseau validé par l’OMS, l’ONG suisse a réussi à faire la démonstration que les cigarettes suisses vendues au Maroc contenaient des taux plus élevés de monoxyde de carbone et de goudron, mais aussi quasiment le double de nicotine, ce qui entraîne l’augmentation des effets d’addiction.

« Faire des tests était le seul moyen d’avoir la certitude », réagit Marie Maurisse qui regrette toutefois les limites de l’exercice. « Pour prouver quelque chose, il faut savoir ce que l’on cherche, or, il n’existe pas de données publiques sur la composition des cigarettes ».

L’intérêt est d’autant plus grand pour les géants du tabac que, selon l’OMS, le continent africain devrait connaître une croissance de 40% de son nombre de fumeurs entre 2010 et 2025, soit la plus forte accélération dans le monde : un « vivier » potentiel qui expliquerait les doubles doses de substances addictives.

Avantage juridique, donc commercial

À ce jour, la Suisse continue de bénéficier d’un avantage juridique, et donc, commercial, par rapport à ses voisins européens, en particulier, l’Allemagne, le Pays-Bas et la Pologne, qui sont les trois plus gros exportateurs de cigarettes de l’UE. Contrairement aux États membres de l’Union européenne, la Confédération n’est pas tenue de respecter les « règles relatives à la fabrication » émises par la Commission européenne.

Les directives imposent des normes précises concernant les quantités de goudron (10mg) mais aussi les teneurs maximales en nicotine (1mg) et en monoxyde de carbone (10mg) contenues par cigarette, et empêchent de facto les zones grises, ces normes étant valables pour « les cigarettes fabriquées dans la Communauté européenne et exportées au départ de celle-ci ».

En Suisse, les contrôles sont minimes : « Les fabricants de cigarettes envoient une fois par mois leurs chiffres à un laboratoire pas très regardant. Si c’est un peu au-dessus des limites, on estime que ce n’est pas grave, développe Marie Maurisse. Personne ne va aller le déclarer à l’Office fédéral de la santé publique ».

Pas une première pour l’ONG Public Eye

L’ONG Public Eye avait déjà fait couler beaucoup d’encre en septembre 2016 en révélant dans son rapport Dirty diesel que les négociants suisses en matières premières profitaient des faibles standards des législations des pays africains pour leur vendre des fonds de cuve de diesel beaucoup plus riches en soufre, contribuant ainsi à détériorer la qualité de l’air dans les pays concernés.

Les Suisses n’étaient d’ailleurs pas les seuls incriminés, puisque les pratiques concernaient aussi des compagnies pétrolière européennes. Deux mois seulement après la publication de ce rapport, le Nigéria, le Bénin, le Togo, le Ghana et la Côte d’Ivoire annonçaient des mesures pour changer la législation et ainsi, mettre fin à ce système.

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#sante #SantéAfrica

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