MODE & BEAUTE Vernon François,la nouvelle vision du cheveu Afro


On aura tout entendu sur le cheveu noir. Quand certains le décrivent comme politique, d’autres comme ingérable, Vernon François, lui, le dit versatile. Coiffeur de prédilection des célébrités noires-américaines comme Lupita Nyong’o et Solange, il nous explique pourquoi il est temps de s’éduquer sur ce cheveu trop souvent méprisé.

“Il faut souffrir pour être belle” reste sans doute l’un des dictons que les femmes ont le plus entendu. Il prend malgré tout une place considérable pour les femmes et les hommes noirs qui, depuis l’enfance, ont passé des heures assis à se faire tresser ou coiffer leurs cheveux.

Ce sont ces longs moments, souvent douloureux, auxquels Vernon François a tenu à échapper lorsqu’il a appris à se tresser lui-même à l’âge de huit ans. "Je viens d’une famille Rastafari, j’ai donc grandi en observant comment faire les tresses, les locks, les extensions…, explique t-il. Ça a été ma première introduction aux cheveux. Mais quand ma mère me tressait, c’était vraiment douloureux et j’ai voulu changer cette expérience."

Son nom ne vous dit peut-être rien, et pourtant derrière lui se cache l’homme à qui les actrices Lupita Nyong’o et Ruth Negga, la chanteuse Solange, la tenniswoman Serena Williams ou encore la journaliste Elaine Welteroth confient leurs têtes.

En quelques années, Vernon François est devenu le "Pat McGrath du cheveu afro" - Pat MacGrath étant une maquilleuse britannique d'origine jamaïcaine star des backstages des défilés de mode - une comparaison qui met en évidence le manque de professionnels soutenus par les industries de la mode et du divertissement pour s’occuper des corps noirs, mais aussi la soif de la part des jeunes femmes à voir enfin leurs beautés célébrées que ce soit derrière la caméra ou devant l’écran. "Je suis honoré de travailler avec des femmes qui sont des ambassadrices du changement et démarrent un nouveau mouvement autour de ce qui devrait être acceptable ou non à Hollywood," explique le coiffeur.

D'un salon de coiffure anglais au tournage de Black Panther

Né à Huddersfield, petite ville du nord du Royaume-Uni située entre Leeds et Manchester, le coiffeur d’origine caribéenne s’est aperçu, dès son premier travail alors qu’il avait 16 ans, que sa connaissance du cheveu bouclé et crépu n’était pas partagée de tous. Il raconte : "Le salon pour lequel je travaillais était centré sur le cheveu dit 'européen', aucune personne avec les cheveux crépus ou intensément bouclés n’y entrait. Et quand c’était le cas, personne ne savait quoi faire."

Une réalité partagée aujourd’hui encore par de nombreuses personnes noires, autant dans la vie quotidienne qu'au sein de diverses industries culturelles, comme la mode. Dans une vidéo publiée au moment de la fashion week de Paris en septembre dernier, la mannequin Londone Myers révélait que certaines coiffeuses évitaient de s’occuper de ses cheveux afro. "Je ne demande pas un traitement spécial. Ce dont j’ai besoin, ce sont des coiffeuses qui apprennent à s’occuper du cheveu noir.

Je suis fatiguée des gens qui évitent de s’occuper de mes cheveux pour un show", écrit-elle sur son compte Instagram, appelant les autres modèles de couleurs à s’engager sur ces questions.

Un fait qui n’étonne pas Vernon François qui milite pour une meilleure appréciation du cheveu noir, trop souvent catalogué comme étrange ou ingérable. "On oublie que les cheveux crépus sont très versatiles, c’est ce que j’ai voulu montrer dans le film Black Panther avec Lupita [Nyong’o]. Chaque coiffure réalisée montrait l’étendue de ce qu’il est possible de faire," raconte-t-il.

Sa présence auprès de Lupita Nyong’o pour l’un des films de super-héros le plus attendu de l’année n’est pas seulement dû à son amitié avec l’actrice. Les coiffures qu’il réalise sont fortement inspirées des traditions capillaires africaines, une manière de mettre en avant ce patrimoine culturel riche mais rarement perçu comme élégant. "En Occident, lors d’un shooting on m’envoie souvent des images de filles blanches, blondes avec de longs cheveux dans le moodboard. Comment peut-on envoyer ces références et demander à ce qu’elles servent d’inspirations pour le maquillage et la coiffure d’une femme noire ? Je veux montrer la noblesse de la texture afro en imposant des coiffures prouvant qu’il y a de la beauté dans ces styles de coiffures traditionnels", avance t-il.

"Dans les dessins animés, même les personnages de couleur ont les cheveux lisses."

S’il n’estime pas qu’il s’agit d’un cheveu politique - "ça ne devrait pas être un enjeu, on naît avec" - Vernon François insiste malgré tout sur le fait qu’il est temps de normaliser le cheveu afro laissé libre : "On ne devrait pas se sentir mal à l’aise à cause du regard extérieur lorsque l’on porte ses cheveux naturels." Il utilise donc Instagram, mais aussi sa marque de soins éponymes (vendue entre autres sur Net-à-Porter) pour transmettre ses connaissances sur les cheveux.

"Dans les dessins animés, même les personnages de couleur ont les cheveux lisses. Il est temps que l’on parle d’éducation ! C’est l’une des raisons pour lesquelles j’ai lancé ma marque : je voulais apporter une solution à mes clientes qui se plaignent de ne trouver aucun soin approprié à la texture de leurs cheveux." Avec l’émergence de castings plus diversifiés dans la mode comme au cinéma, on a plus qu’à espérer que son message sera entendu.

#ModeBeautéEurope

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