AYITI - COMMÉMORATION : 14 Août 1791.La Cérémonie du Bois Caïman( Bwa kay iman), l'énergie motri


La cérémonie qui eut lieu dans la nuit du 14 Août 1791 sur l’habitation de Lenorman de Mezi (Lenormand de Mezy), aux environs de Morne Rouge (département du Nord) fut une cérémonie Vaudou communément appelée CEREMONIE DU BOIS CAIMAN. Ce fut la dernière goutte d’eau qui a fait déborder le vase de la révolution conduisant à l'Indépendance d'Haïti. Elle fut le premier grand mouvement d’union des esclaves (marrons et ceux vivant dans les habitations) contre le système esclavagiste qui sévissait sur l’île de Saint-Domingue.

La révolte éclata une semaine après, soit le 23 Août 1791 et eut comme résultat : 161 sucreries, 1.200 habitations caféières … détruites, un millier de colons (femmes et enfants compris) tués. A noter que pendant une dizaine de jours, la plaine du Nord fut complètement emportée par les flammes.

Dutty Boukman ou Zamba Boukman, était un esclave anglais né de la colonie anglaise de la Jamaïque, selon l’auteur Sylviane Diouf dans son livre « Les Musulmans africains rendus esclaves aux Amériques ».

Il est une figure très importante de la révolution des esclaves au côté de Cécile Fatima, mambo (prêtresse vaudou). Il présidait la cérémonie du Bois Caïman cette soirée du 14 Août 1791. Cette cérémonie était une invitation à la mobilisation des énergies, du courage et de la volonté de tous ceux qui optaient pour la liberté, ceux qui voulaient un soulèvement général contre le système esclavagiste. Cette cérémonie vaudou du Bois Caïman était la base, le fondement spirituel sur lesquels devrait se reposer tout le mouvement de la révolte.

Mais avant tout, elle était une cérémonie de mariage, d’union : union entre la complicité des hommes et des femmes qui ne voulaient plus être traités comme des bêtes par leurs semblables, en l’occurrence les blancs ; union entre esclaves de cultures et de traditions différentes de plusieurs tribus d’Afrique ; union entre la terre de Saint-Domingue et les dieux (loas) africains ; union entre la fougue de l’homme créole humilié et la sagesse spirituelle africaine; union entre les énergies physiques et mystiques de l’africain enchaîné ; union entre le nègre esclave et le mulâtre ; union entre l'intérêt particulier et le bien-être social ; union entre la tribulation des noirs et la mémoire des premiers habitants (martyrs) de l’île. Cette union fut une convergence d'idées et d’actions pour la Liberté qui stimulait les esclaves à transformer leurs pratiques personnelles de désobéissances : marronnage, suicide, avortement, incendie ou empoisonnement en un mouvement compact révolutionnaire qui aboutira à l'Indépendance d'Haïti.

Au cours du déroulement de la cérémonie, ont été tracées des signes cabalistiques pour invoquer les dieux (loas) africains dont : Ogou Feray, le dieu de la guerre et Erzulie. La mambo (prêtresse vaudou) égorgea un cochon et les participants burent de son sang, pour étancher leur soif de liberté dans le désert du caractère bestial : symbolisant la force, l'énergie, le courage mystique pour se battre pour leur liberté, et il passa du sang sur leur front. Symbolisant l’invincibilité faisait remarquer Boukman : « en buvant du sang de ce cochon offert en sacrifice aux dieux (loas) africains, vous allez être brave et avoir la force pour combattre et en passant le sang sur vos fronts, vous deviendriez invincibles. Si vous mourrez pendant la lutte, vous aurez une autre vie, une vie meilleure et plus belle que celle que vous avez eu avant que l’homme blanc vous a amené ici ». L'assemblée se leva ainsi que Boukman qui l'exhorta à la vengeance par cette prière :

« Bon Die wè sa blan fè, Bon Die blan mande krim. Men Bon Die pan ou an vle bienfè. Men die ki si bon odone venjans. Li va condui nou, li bay asistans. Jete potre Die blan a ki swaf dlo nan je nou. Goute la libete ki nan kè nou tout ».

Traduction française par Jean Price Mars dans "Ainsi parla l’oncle" : « Le Dieu des blancs fait ce que le blanc fait. Le Dieu des blancs commande le crime, tandis que le nôtre sollicite des bienfaits. Pourtant, le nôtre qui est si bon demande notre vengeance : il va conduire nos bras et nous donner assistance. Brisez donc l’image du dieu des blancs, l'objet de nos larmes. Goûtons la liberté qui est au fond de nos cœurs à tous ».

Bois Caïman était un code, un mot de passe pour avoir accès à cette cérémonie. Un animal, un cochon a été égorgé et son sang distribué aux participants. En buvant, ils ont conclu un pacte de sang qui signifie qu’ils ne peuvent ni trahir ni renoncer. La cérémonie a eu lieu sous un caïmitier, un arbre servi (pye bwa sèvi). Elle était une cérémonie vaudou présidée par Boukman, un hougan ou prête vaudou assisté de Cécile Fatima la mambo qui était une mulâtresse. Un cochon sauvage a été sacrifié.

Le code ou mot de passe Bois Caïman est décortiqué ainsi : on a retenu le préfixe Caï du mot caïmitier, l’arbre servi, sous les feuillages duquel on allait organiser la cérémonie, le suffixe Man dans Boukman le leader, pour composer le mot Caïman précédé de du mot Bois pour indiquer l’arbre. Seuls les participants étaient capable de décoder le mot de passe Bois Caïman et seulement eux connaissaient sa vraie signification. Le mot de passe Bois Caïman était créé pour déjouer tout soupçon ; car les organisateurs savaient que les colons avaient des agents de renseignement ou agents dénonciateurs qui leurs rapportaient des informations de tout ce qui se passait.

Moteur de la révolte conduisant à l'Indépendance d'Haïti, la cérémonie fut pour tous les esclaves un temps de communion fraternelle, africaine et spirituelle, un temps d'entêtement à capter des signes de liberté dans l’enfer de la société esclavagiste. Elle fut un phare non seulement pour l’abolition de l’esclavage mais aussi pour l'Indépendance d'Haïti et bien d’autres pays encore et même pour l'humanité. Filles et fils d’anciens esclaves, surtout les autochtones, nous devons, le front haut l'âme fière, dire pertinemment que nous avons eu notre Indépendance de l’union de la bravoure et du sang de nos ancêtres.

Ref: Dutty Boukman un esclave né en Jamaique organisa une cérémonie voudou à Bois-Caïman pour un grand nombre d’esclaves, la nuit du 14 août 1791. La prêtresse Mambo, Cécile Fatiman, plongea un couteau dans un cochon noir créole qui fut sacrifié, les assistants burent son sang afin de devenir invulnérables. Le vaudou fut ainsi un véritable catalyseur dans la révolte des esclaves de Saint Domingue, la brèche qui permit aux différentes tribus africaines de trouver une cohésion dans leur quête de liberté. Boukman ordonna alors le soulèvement général. Ce soulèvement eut lieu la nuit du 21 au 22 août où les esclaves de cinq habitations brûlèrent celles-ci et massacrèrent les Blancs, y compris femmes et enfants. Pendant une dizaine de jours, la plaine du Nord fut en flammes. On décompta près de 1 000 Blancs assassinés, 161 sucreries et 1 200 caféières brûlées. Boukman périt au combat, à la tête de ses troupes. Comme il passait pour invulnérable auprès des esclaves, on exposa sa tête au Cap.

credit image: andré Normil

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