#FREEMARCUS DAY : LE RECIT DE LA JOURNEE DE COMPARUTION DE MARCUS AU TRIBUNAL DE NANTERRE A SA LIBER


11h mardi matin 7 juin 2016 en arrivant au Tribunal de grande Instance un comité de soutien pour Marcus était déjà présent, les premières personnes sont arrivées dès 8h.

Des pancartes « Free Marcus », « Libérez Marcus » étaient brandies.

Deux banderoles véritables réalisations artistiques peintes toutes les deux par l’artiste peintre Katell Kalao d’Idle No More France. Une des deux banderoles peintes sur un wax disant en substance « Les nègres vous emmerdent » était en tête de cortège lors de la marche du 8 mai 2016 pour demander à l’armée française de quitter l’Afrique, tel un clin d’œil rappelant l’aspect politique de l’arrestation du combattant panafricain Marcus. L’autre banderole « Free Marcus » avec l’effigie militante de Marcus pour demander sa libération et également rendre hommage au parcours de militant de Marcus.

Parmi ceux venus soutenir Marcus des gens qui ont partagé ses luttes, des membres du collectif de Marcus le M-UDC (Unité Dignité Courage) dont Mwazulu Diyabanza qui avait été placé en garde à vue en même temps que Marcus au commissariat de Puteaux, des membres de la Brigade anti négrophobie, du Réveil K, d’Idle No More France, de Génération Palestine, des résistances ivoirienne et congolaise, de Nuit Debout, de la Def col, des ami(e)s de longue date, des proches, de la famille mais aussi des anonymes ayant répondu spontanément à l’appel de soutien.

Le comité de soutien occupe sous la chaleur du soleil qui a refait son apparition dans le ciel francilien après les jours de pluie, de crue et de grisaille, une portion de trottoir devant l’entrée des lieux, bien que tout soit calme l’atmosphère la tension est palpable en raison du « comité d’accueil » policier conséquent.

Le long du trottoir trois fourgons plein de policiers et un dispositif de filtrage policier avec contrôle des sacs à main, sac à dos juste à l’entrée des grilles de de l’enceinte du tribunal qui ne sont pas grandes ouvertes.

Pour pouvoir entrer à l’intérieur il faut ruser et se retenir d’aller saluer le comité de soutien car sinon impossible de rentrer ensuite et passer les grilles.

Une fois passé ce filtrage à quelques mètres, un autre sas de contrôle avec portique électronique et passage des effets personnels aux détecteurs, quelques mètres plus loin encore c’est l’entrée du bâtiment du tribunal de grande Instance, le TGI, où il faut également passer sous un portique électronique et faire passer ses affaires au scanner vidéo.

Direction ensuite le 1er étage où déjà une bonne vingtaine de personnes venues soutenir Marcus sont là, certaines sont présentes depuis plusieurs heures déjà. D’autres personnes continuent d’arriver. L’ambiance est détendue, les discussions vont bon train sur les éventualités des charges retenues conte Marcus, sur l’issue du verdict, sur l’aspect politique de son arrestation arbitraire.

Les audiences en comparutions immédiates débutant à 13h30 la grande question aussi est de savoir à quelle heure viendra le tour de Marcus, c’est alors qu’un appel arrive venant de ceux qui se trouvent à l’extérieur pour nous dire que la police leur a dit que sa comparution serait pour 16h.

A mesure que le temps passe au niveau de la salle d’attente de la salle d’audience numéro 4 la fébrilité se fait sentir quant au sort qui sera réservé à Marcus.

Puis par les grands carreaux des parois en verre du tribunal qui donnent vue sur l’extérieur à un moment on voit arriver d’autres fourgons supplémentaires arriver et venir renforcer les dispositifs policiers. Petit moment d’inquiétude, à l’aide d’échanges téléphoniques avec des personnes qui sont en bas à l’extérieur on a une meilleure idée de ce qui se passe.

Les personnes du comité de soutien sont toujours interdites d’accès au tribunal, ce qui n’empêche pas leur détermination à dénoncer l’impérialisme de la France Afrique sans faire acte de violence aucune, et cela en dépit du fait qu’il y a un fort moment de crispation car deux personnes témoins des faits pouvant témoigner pour Marcus sont sur ordres formels catégoriquement bloquées à l’extérieur dont Mwazulu Diyabanza qui avait été arrêté en garde à vue en même temps que Marcus. Depuis l’intérieur où nous sommes on sent que l’ambiance est tendue à l’extérieur.

L’avocate de Marcus arrive pour s’entretenir avec lui, petit briefing spontané un peu plus loin dans le couloir entre tous ceux venus soutenir Marcus dans la salle d’audience pour se dire que tous nous devons dans la salle avoir un comportement digne et que rien ne doit être fait qui pourrait donner un motif pour clouer Marcus au pilori.

Quelques instants avant le début des audiences à l’entrée de la porte de la 16ème chambre correctionnelle l’ordre des comparus du jour et les charges pesant contre eux est affiché.

C’est enfin que l’on découvre que les chefs d’accusations pesant contre Marcus sont : violence et outrage sur personne dépositaire de l’autorité publique, rébellion et refus de se soumettre aux relevés d’empreintes et ADN et que deux policiers Cordier Nicolas et Nauleau Quentin ont porté plainte contre Marcus.

Arrive enfin le moment tant attendu, la salle d’audience s’ouvre pour la comparution de Marcus.

Nous le voyons arriver dans le box, il parait combatif mais pas mal affaibli, puis quand il nous voit cela lui donne un baume au cœur.

Durant de longues minutes l’accusation avec les deux policiers Nauleau et Cordier à la barre ont la parole, avec des accusations qui paraissent effarantes quant au déroulé des faits. On se dit qu’ils ont vraiment chargé la mule. Un des policiers, déclare avoir du poser des jours d’ITT car Marcus l’aurait violenté, or à l’œil nu au vu de ce qu’il raconte aucune marque sur son corps, ni aucun élément incapacitant.

Marcus prend la parole et se défend comme un lion avec la force qu’il peut, il refuse de se laisser abattre ou de ployer sous l’accusation, ce qui ne plait pas au juge qui lui reproche son «arrogance », puis vient le moment des plaidoiries.

Le procureur général réclame des amendes de dédommagement pour les policiers, une incarcération de trois mois mais sans détention jugeant que ce n’est pas nécessaire mais que si il se retrouve interpellé dans ce laps de temps dans une manifestation qu’il se retrouverait incarcéré d’office.

L’avocate de Marcus maitre Hamot plaide ensuite. Très combative elle parle du contexte des faits, à savoir du pourquoi de la manifestation non violente faite dans les locaux de Bolloré le vendredi 3 juin 2016. Elle explique l’aspect politique de cette action, du pillage imputé en Afrique à cette multinationale, elle défend le militantisme de Marcus en insistant lourdement sur le fait que ses actions de manifestations sont politiques pour défendre les droits humains des siens en Afrique et des droits humains en règle générale. De fait que Marcus n’est nullement un individus violent ni un violent « casseur », que c’est un travailleur qu’il est une personne stable, parfaitement insérée dans la société et que l’on ne doit pas remettre en cause son militantisme qui est légitime, que remettre en cause les spoliations en Afrique n’est pas un fait condamnable pénalement mais légitime et humain.

En revanche elle fait état que Marcus fait partie des personnes à surveiller de près et à interpeller dans les manifestations à caractère politique et ciblées par les renseignements généraux qui le désignent sous le nom de « loup blanc ». Elle a stipulé que ce fait n’est pas acceptable et qu’il souligne l’acharnement de l’accusation policière contre Marcus.

Puis elle démonte point par point avec une redoutable efficacité tous les éléments de l’accusation qui finalement ne repose sur rien de véritablement tangible.

Maitre Hamot invalide même le certificat médical produit par le policier qui ne correspond en rien ni à ses déclarations à la barre, ni aux faits. Elle mentionne aussi l’aspect expéditif du procès, dénonce le fait qu’elle n’a pas eu la possibilité d’interroger les policiers. En outre elle fustige les preuves non probantes et trafiquées présentées par l’accusation des policiers. Elle rappelle les faits, la façon dont Marcus a été arrêté, que cela a été rapide, qu’il était au sol face contre terre les mains attachées dans le dos avec un policier à genou sur lui, qu’il n’arrivait pas respirer, qu’il a été gazé et que par conséquent à aucun moment il n’a eu la possibilité de faire le moindre acte de violence et qui plus est ceux qui lui sont imputés.

Pour finir elle plaide la relaxe de son client au bénéfice du doute car rien dans le dossier ne tient debout.

Marcus fait une dernière déclaration, puis la salle est priée de sortir le temps de la délibération.

Là tout le monde en sortant de la salle se dit ouf qu’il va sortir, qu’il va être libre et ne sera pas condamné sauf peut-être à quelques amendes pour la forme.

Des photos sont prises, les sourires reviennent enfin sur les visages, et à peine se pose t’on la question du temps que prendra les délibérations qu’au bout d’un quart d’heure il faut de nouveau entrer dans la salle pour entendre le verdict.

Et là d’une voix glaciale la juge déclare que Marcus est condamné à 6 mois de prison ferme sans mandat de dépôt, qu’il pourra être libéré de la maison d’arrêt où il se trouve mais qu’il a l’obligation de se représenter devant le juge d’application des peines pour l’aménagement de sa peine et qu’il devra verser des indemnités aux deux policiers plaignants. Stupéfaction dans la salle !

Face à cette sentence couperet beaucoup ont du mal à comprendre, la salle est évacuée, en sortant l’avocate de Marcus nous dit et confirme qu’il sort dès ce soir et qu’il sera libéré non pas du tribunal mais de la maison d’arrêt de Nanterre, elle nous fait quelques déclarations, quelques échanges se font et tout le monde descends pour gagner l’extérieur et retrouver le reste du comité de soutien qui a été bloqué à l’extérieur.

Maitre Hamot à la sortie de la salle d’audience.

Au bout d’un moment le temps des retrouvailles, certains ayant des obligations familiale ou autres rentrent chez eux, d’autres prennent la direction de la maison d’arrêt pour accueillir le frère Marcus.

« Les nègres vous emmerdent », banderole réalisée par l’artiste Katell Kalao pour la marche du 8 mai 2016 qui demandait le départ de l’armée française d’Afrique.

Mwazulu Diyabanza membre du collectif M-UDC qui avait été mis en garde à vue en même temps que Marcus le 3 juin 2016 suite à la manifestation au siège de Bolloré.

A la maison d’arrêt des Hauts de Seine l’attente est longue, très longue.

Au bout de plusieurs heures de patience ce n’est qu’à 22h50 que Marcus sort des murs la prison.

Et là c’est l’effusion de joie, les chants et les cris de délivrance retentissent.

Marcus est enfin libre !

22h50 mardi 7 juin 2016 : Enfin Marcus est libre !

Il est heureux de voir tout le monde venu le soutenir, heureux de voir des visages familiers, et nous remercient tous de l’avoir soutenu. Moment rempli de beaucoup d’émotions, de nombreuses embrassades, quand il voit une pancarte Free Marcus il est touché puis quand il voit la banderole artistique à son effigie « #FreeMarcus » il n’en revient pas ! Il en est ému et content.

Marcus nous dit aussi qu’il ne va pas se laisser abattre mais aussi qu’il a faim car cela fait 5 jours depuis vendredi où ils l’ont arrêté qu’il n’a pas mangé.

Ces instants de bonheur se prolongent un peu puis vient le moment de rentrer chacun chez soi en se disant que Marcus est libre ce soir et que la lutte continue !

Emmanuelle Bramban pour Africana Network

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