NOUVELLE-CALÉDONIE - SANTÉ : Mieux traiter la santé mentale avec un outil unique.


Dans son rapport rendu en début de semaine, la chambre territoriale des comptes a notamment préconisé la création d’un observatoire de la santé mentale. L’idée est bonne, mais le projet lancé va plus loin.

En Nouvelle-Calédonie, plus de 70 000 personnes, âgées de plus de 18 ans, sont susceptibles d’être affectées d’au moins un trouble psychique. C’est le constat établi lors de l’enquête « Santé mentale en population générale : image et réalités » (lire plus bas) finalisée en 2010 avec le concours de l’OMS.

Face à cette réalité, le Centre hospitalier spécialisé Albert-Bousquet, à Nouville, est la seule structure administrant des soins psychiatriques. Certes basé à Nouméa, il se déplaçe partout sur la Grande Terre et les îles. L’enjeu est donc de taille. Et forcément, au centre de toutes les attentions. Dont celle de la chambre territoriale des comptes qui a livré son rapport et une série de recommandations. Parmi elles, la création d’un observatoire de la santé mentale, destiné à mieux coordonner les actions dans ce sens.

Centraliser les données

« Mais nous sommes déjà allés plus loin, assure Philippe Palombo, directeur du CHS mais également coauteur en 2010 du rapport « Conduire les politiques sociales et de santé territorialisée en Nouvelle-Calédonie », indiquant la nécessité d’une telle structure. « Lors des Assises de la santé, nous avons préconisé la création d’une plateforme d’observation et d’évaluation de l’action publique. » Derrière ce terme, il faut voir un instrument, ou encore une autorité indépendante capable de centraliser l’ensemble des données.

Car, à l’heure actuelle, l’ensemble des observations restent parcellisées. La création d’une telle structure pourrait offrir un véritable tableau de bord aux politiques pour mener des actions, par exemple au niveau de l’addictologie. « Regardez les taxes qui ont été mises en place sur les produits addictifs, un outil de ce type permettrait de savoir quelle population est sujette à tel produit. Son âge, son origine l’endroit où elle vit. On va donc au-delà de la santé mentale», précise le responsable du CHS.

Un chantier jugé prioritaire

Selon Philippe Palombo, « il s’agit ici de permettre aux responsables politiques de répondre à de réelles problématiques, aux acteurs de la santé de bénéficier d’un maximum d’éléments. En prenant en compte des données statistiques et économiques. » Autre avantage, et non des moindres, cette autorité permettrait forcément de faire des économies mais aussi aux malades d’être mieux pris en compte et d’harmoniser leur parcours.

« La réponse ne doit pas être seulement le soulagement à la maladie mentale, rappelle le responsable. Il faut également s’occuper de la réinsertion socioprofessionnelle et ne pas exclure un patient de sa vie en le gardant hospitalisé. » Reste à savoir quand cette structure capable de mettre en commun les informations verra le jour.

Considérée comme prioritaire par le gouvernement, la plate-forme devra tout d’abord trouver un statut juridique qui devrait être décliné théoriquement comme une autorité administrative indépendante. « Il faudrait, je pense, une année pour ensuite rendre cette structure vivante. »

Isolement et alcool à l’origine des troubles

L’enquête « Santé mentale en population générale : image et réalités » qui date de 2010, est le document le plus récent recueillant des données sur la santé mentale en Nouvelle- Calédonie. Il offre des enseignements sur la population.

Des territoires et des populations différentes : c’est la conclusion de l’étude du psychiatre Fanny Calandreau sur la population calédonienne et ses troubles. Plusieurs éléments en ressortent, comme des populations plus exposées aux troubles mentaux.

« Parmi les 18-29 ans, ils sont entre 21 % et 35 % à présenter un regroupement symptomatique témoignant de troubles soit anxieux, soit de l’humeur, soit liés à une consommation morbide d’alcool, indique le rapport d’enquête. Les personnes « seules » sont touchées par des troubles psychiques, particulièrement en milieu urbain (...) Des études complémentaires croisant ces données sociodémographiques permettraient d’affiner ces premières informations. » Les populations avec un risque suicidaire ont elles aussi pu être identifiées. Les femmes sont plus nombreuses en Brousse et dans les Îles. Les jeunes adultes sont très représentés, davantage en milieu rural et tribal qu’en ville, et les personnes seules en ville.

« L’Organisation mondiale de la santé dit clairement que les peuples autochtones sont plus touchés que les autres par des problèmes de santé divers et variés, des problèmes de santé mentale, et de suicide, indiquait déjà dans nos colonnes le psychiatre Benjamin Goodfellow, qui mène depuis 2014 une enquête sur le suicide en Calédonie. Ce sont des populations à risque, pour lesquelles l’OMS recommande la mise en place de politiques très précises. Donc, on cherche à comprendre toutes ces causes, sur le plan social, culturel, etc. »

Repères

8 psychiatres.

C’est le ratio pour 100 000 habitants en Nouvelle-Calédonie. Bien inférieur à la Métropole, qui dispose de 21 psychiatres pour 100 000 habitants. Soit presque trois fois plus.

Plusieurs acteurs à prendre en compte

La chambre territoriale des comptes précise que si « le CHS tient un rôle central dans la définition et la mise en œuvre de la politique de santé mentale, le schéma ne se résume pas pour autant à l’action de ce dernier. Les institutions, le secteur médicosocial, l’enseignement, les professionnels libéraux, notamment, sont autant d’acteurs qui concourent à la prévention et à la prise en charge de la santé mentale. »

Un échange entre les trois hôpitaux

Dans cet esprit d’échange, le Médipôle, le CHS et l’hôpital de Koné seront tous trois dotés du même logiciel de traitement des données et pourront ainsi échanger les informations plus simplement.

Un partage d’informations qui permettra une meilleure gestion du parcours d’un patient. Et forcément de faire des économies.

Le CHS en chiffres

La structure, avec un budget de 5 milliards par an, dispose de 430 postes permanents, dont 25 postes médicaux. En moyenne chaque année, 3 390 personnes assurées bénéficient d’une prise en charge en longue maladie pour un ou plusieurs diagnostics psychiatriques.

Jean-Frédéric Gallo.

Source : Les Nouvelles-Calédoniennes

#santé #SantéOcéanPacifique

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