REGARD DE FEMME - À PROPOS DE LA MODE ISLAMIQUE.


Cette semaine, au micro d’une radio nationale française bien connue, Mme Laurence Rossignol, ministre des droits des femmes a effectué une sortie qui a provoqué un tollé dans la diaspora noire.

Comparant les femmes qui choisissent de porter le voile aux « nègres » qui auraient été pour l’esclavage, la ministre s’est vu reprocher non seulement son utilisation contestable du mot nègre -car rappelons le, si ce terme a été réhabilité par Aimé Césaire, cette réhabilitation ne vaut pas dans tous les contextes – mais aussi sa vision pour le moins stupéfiante de l’histoire qui voudrait que certains noirs auraient consenti à l’esclavage. Pour un peu, madame Rossignol nous dirait qu’ils y ont pris du plaisir !

Dans les jours qui ont suivi, Laurence Rossignol a reçu le soutien de plusieurs personnages médiatiques qui, s’ils reconnaissent des maladresses dans la forme n’en sont pas moins d’accord sur le fond.

De quoi parle-t-on ?

Il s’agit de vêtements destinés aux femmes musulmanes et conformes à la tenue islamique : hijabs (foulards), burkinis (maillots de bain couvrant de la tête aux chevilles), robes longues etc…

On peut citer les marques Uniqlo, Marks & Spencer ou Dolce et Gabbana.

Il faut noter qu’en Angleterre, cette mode plus sobrement qualifiée de « modest fashion » (mode pudique) n’a pas autant fait parler d’elle. Il est vrai que les anglo-saxons ont la réputation d’être plus pragmatiques et qu’ils ont depuis longtemps accepté le caractère multiculturel de leur société.

Une mode qui fait jaser

En France, la mode dite islamique suscite de nombreuses polémiques que l’on pourrait résumer en une question : faut-il vendre des vêtements destinés à cacher le corps des femmes ?

Non, répond Elisabeth Badinter, porte drapeau des féministes qui s’est fermement opposée aux enseignes qui commercialisent ces vêtements et a appelé à leur boycott. Dans les colonnes du journal Le Monde, elle rejette les accusations d’islamophobie et dénonce la pression islamique qui serait à l’origine de l’essor du voile dans les banlieues françaises.

Pour Pierre Berger, le compagnon d’Yves Saint-Laurent, il ne s’agit pas de n’importe quel vêtement mais d’une « chose abominable qui fait qu'on cache les femmes, qu'on leur fait vivre une vie dissimulée ».

La guerre des féminismes

Dans ce débat houleux, la mode islamique a aussi ses défenseurs au premier rang desquels on trouve les féministes islamiques et plus largement toute une partie du féminisme post-colonial qui a l’instar du black feminism des noires américaines s’oppose à la fois au patriarcat mais aussi au racisme et aux discriminations. C’est dans cette intersectionnalité entre sexisme et racisme que cet autre féminisme refuse de se voir imposer un modèle d’émancipation qui n’est pas le sien.

Qui parle pour qui ? C’est en substance ce que demandent les femmes partisanes de la mode islamique qui expliquent qu’il n’y a pas qu’une seule façon d’être féministe et que nier le fait qu’il existe certaines femmes qui veulent porter le voile relève plus du racisme que du féminisme.

Ce courant s’il semble minoritaire est toutefois appuyé par une partie de la gauche (ceux qu’Elisabeth Badinter qualifie d’islamo-gauchistes).

Il existe aussi, ailleurs que dans la religion musulmane, d’autres courants idéologiques ou religieux qui incitent la femme à se couvrir et qui sont assez favorables à cette mode dite « pudique ».

Une question d’argent ?

Au-delà des débats idéologiques, c’est probablement l’aspect économique qui primera car les adeptes de la mode islamique constituent une manne financière à laquelle les grandes marques ne sont pas prêtes à renoncer. Ainsi, la mode islamique a fait son entrée dans la publicité, dans les magazines de mode et sur les podiums.

Etant donnés les bénéfices en jeu, il y a fort à parier que la mode islamique a encore de beaux jours devant elle.

Angèle.M, pour AFRICANA NETWORK

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