CÔTE D’IVOIRE – ATTAQUE DE GRAND-BASSAM : Analyse d’un citoyen ivoirien sur les évènements


Ce sms tant redouté est finalement arrivé. Des années à étudier, discuter, échanger sur le monde de la sécurité, de l’intervention, et du terrorisme ne m’avais pas préparé à ces évènements : attentat terroriste en Côte d’Ivoire. Cependant, au-delà de toute émotion, mon rôle de bloggeur et analyste stratégique m’impose de faire une lecture froide et impartiale des évènements afin de garder ma crédibilité auprès de mes lecteurs. Je suis ivoirien et j’aime mon pays, mais les circonstances m’imposent de ne verser ni dans l’émotion, ni dans la propagande dans l’analyse que je m’apprête à vous proposer.

Que s’est-il exactement passé ?

Les versions sont extrêmement confuses concernant les faits et leur déroulement, mais on peut raisonnablement en déduire chronologiquement, les faits suivants :

10h-12h : Distribution de tracts à caractère islamique d’individus à l’apparence peulh-berbère.

12h : Premiers coups de feu entendus, début des tueries

13h : Premiers contacts avec les éléments de la GSPR (la Garde de Sécurité du Président) ; repli de ceux-ci devant la violence des combats, et les premiers tués dans leur rang. Ils ont néanmoins réussi à fixer l’ennemi et l’amener à s’en prendre à eux plutôt qu’à la population. Ils se sont littéralement sacrifiés.

14h : Deuxième assaut avec en appui, les forces spéciales étrangères venues en urgence. L’ennemi est rapidement submergé, il essuie des pertes et cherche une position de repli en tirant dans la foule : seconde tuerie.

14h30-15h: Fin des combats et des opérations de ratissage. L’ennemi est hors de combat mais on soupçonne la fuite de deux assaillants et des logisticiens. Vers Abidjan ?

Pourquoi les forces ivoiriennes sont-elles intervenues si tard ?

La notion de « tard » ici est très relative et tient sans doute de la perception de l’urgence du moment. Pour ma part, j’ai trouvé les délais d’intervention tout à fait raisonnable. Un délai d’une heure est plutôt rapide. Et cette promptitude s’explique par la présence des éléments de la GSPR « juste à côté » (à Abidjan) à cause de la présence du président de la république. Heureuse coïncidence qui leur a donc permis d’aller au contact avec l’ennemi dans un délai plutôt bref. Pour rappel, lors de la prise d’otage de Bombai, le contact avec les assaillants a commencé dix-huit heures après la prise d’otages. À Paris, les premiers échanges ont eu lieu deux à trois heures après les premiers tirs. N’eut été cet heureux hasard, il aurait surement fallu appeler les unités d’intervention, les regrouper sur Abidjan, récupérer le matériel, le tester, avant de prendre la route pendant que le briefing se passerait dans le véhicule. On en aurait eu pour 3 à 5 h avant la venue sur le terrain : le carnage aurait été d’une plus grande envergure.

Quel a été le mode opératoire des terroristes ?

Premièrement, les terroristes n’ont pas utilisé le même mode opératoire que celui de mise dans les autres pays. Ils étaient dans une logique de « hit and run », c’est-à-dire, frapper et disparaitre ensuite. L’unité était donc peu nombreuse (juste 4 ou 5 personnes), légèrement armées (pas de gilets pare-balles, pas de lance-roquettes, pas de ceintures explosives etc.). Cela indique aussi, qu’ils n’avaient pas l’intention de faire des otages autrement, ils auraient visé un seul objectif au lieu de parcourir toute la plage à pied.

Ensuite, ils ne comptaient pas combattre longtemps, sinon ils auraient eu plus de munitions, un armement plus lourd et auraient été beaucoup plus nombreux.

De plus, les assaillants n’étaient pas des kamikazes (absence de ceintures d’explosifs) ; ce qui signifie qu’ils avaient donc l’intention de s’enfuir d’après un itinéraire et un plan d’évasion bien définis. Ce dernier point est particulièrement important à mes yeux, étant donné, qu’on croit généralement en une fanatisation des combattants d’AQMI qui résulte en une totale irrationalité de leur membre. Avec les tireurs de Grand-Bassam, on a affaire à des personnes qui avaient prévu de continuer à vivre après l’assaut, un schéma de combattants sans doute un peu trop «classiques» , qui pourrait donner lieu à toutes sortes d’interprétations versant dans les « théories du complot» .

Le gouvernement aurait-il pu l’éviter ?

La population ivoirienne a eu droit au fameux couplet d’usage « on le savait, on avait pris nos dispositions sinon il y aurai eu plus de morts » mais la vérité est qu’AUCUN gouvernement ne peut empêcher indéfiniment des actions terroristes. Le risque zéro n’existe pas. Il s’agit juste d’en stopper le maximum.

Personnellement la cible a été intelligente. Abidjan été sécurisé à cause des évènements VIP qui s’y déroulaient, personne ne regardait Bassam, personne ne pensait Bassam. Et honnêtement même si on y pensait, la Côte d’Ivoire n’a pas les moyens humains et matériels de sécuriser tout et partout.

Nos forces étaient elle suffisamment préparés à l’évènement ?

Je pense que la dotation était suffisante et que du point de vue entrainement qualité des unités, elles ont fait leur maximum. Je ne pense pas que 2 ou 3 ans suffisent à aligner une unité sur les standards internationaux. Il reste assurément beaucoup de travail à abattre ce qui reste du domaine du possible avec du temps et de la volonté politique.

Devons-nous nous attendre à autre chose ?

Le terroriste agit par surprise, une fois que l’acte est posé, il est difficile pour lui de récidiver étant donné que cette fois les gens sont alertes.

Que faut-il faire ?

Un ami stratège suggérait les mesures suivantes :

– Quadrillage effectif par les unités spécialisées de la police et de la gendarmerie de tous les sites considérés critiques (supermarchés, hôtels, sites touristiques, écoles, etc.);

– Mobilisation des hôpitaux pour recevoir d’éventuelles victimes supplémentaires en cas de récidives;

– Mise en alerte des forces spéciales qui assureraient la surveillance des sites stratégiques (institutions, aéroports, ports, etc.);

– Multiplication des points de contrôle et de fouille à l’entrée des sites dits critiques;

– Mise en œuvre des plans d’urgence multisectoriels par tous les ministères impliqués dans la lutte antiterroriste;

– Approche participative de la lutte anti-terroriste : l’état devrait étroitement collaborer avec les communautés religieuses surtout la communauté musulmane, les ONG et la société civile (notamment sur les réseaux sociaux). La surveillance et la sécurisation des lieux de culte sont primordiales;

– Création d’une ligne téléphonique dédiée à la lutte anti-terroriste pour permettre à chaque citoyen de dénoncer des actes ou individus suspects;

– Multiplication des patrouilles aux frontières et positionnement d’unités supplémentaires, prêtes à intervenir si nécessaire;

– Mise en œuvre urgente d’un plan de financement de la lutte anti-terroriste basé sur un budget spécial. Décaissement urgent de fonds dédiés à l’équipement des unités spécialisées et aux services de renseignement;

– Poursuite des exercices militaires (forces spéciales et gendarmerie) visant à préparer la riposte à une éventuelle attaque;

Je pense que son avis est pertinent pour la suite en espérant que les moyens seront déployés pour la sécurité de la population ivoirienne.

Fabrice Zagbayou

#securite

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