LITTERATURE - PORTRAIT : Bernard Dadié, le baobab centenaire de la littérature africaine.


Considéré comme le père des lettres ivoiriennes, Bernard B. Dadié, alias Climbié, est sans conteste l’un des écrivains les plus prolifiques de sa génération. Il aura légué à la postérité une œuvre hétéroclite, constituée de romans, de poèmes, d’essais, de chroniques, de contes traditionnels et de pièces de théâtre, son genre de prédilection. Une riche activité littéraire qui ne l’a pas empêché de participer à la vie politique de son pays, faisant l’expérience de la détention politique en 1949. Retour sur le parcours et l’œuvre d’un monstre sacré de la littérature africaine.

Né à Assinie au sud de la Cote d’Ivoire en 1916, Bernard Binlin Dadié est une légende vivante de la littérature africaine. Romancier, dramaturge mais également essayiste, il aura su manier avec aisance les différents registres d’écriture pour créer une œuvre littéraire de haute volée. Un talent pur, que l’auteur a consolidé en optant pour des études à l’École Normale William-Ponty de Gorée. Malgré sa polyvalence, il garde une préférence pour les pièces de théâtre, dont il manie les jeux de rôle avec une rare subtilité. Un génie littéraire qui fait l’option de s’opposer au régime colonial.

Derrière l’homme des lettres, un militant politique

Bernard a le militantisme politique dans le sang. Il est en effet le fils de Gabriel Dadié, compagnon de lutte du premier président ivoirien Félix Houphouet Boigny. Reprenant cet héritage, Climbié militera activement dès 1947 au sein du Rassemblement Démocratique Africain (RDA), le parti du »Vieux » après des études sénégalaises et dix ans de service à l’IFAN de Dakar. Arrêté par l’administration coloniale lors des troubles politiques de février 1949, il passera seize mois en prison. Une expérience amère qu’il racontera dans ses Carnets de prison, rédigés en détention mais publiés en 1981. Sa fibre militante anti-coloniale transparaît à travers son arme, ses vers, qui effleurent les sens avec une douce mélancolie dont sa plume a le secret.

« Je vous remercie mon Dieu de m’avoir créé Noir.

Le blanc est une couleur de circonstance

Le noir, la couleur de tous les jours

Et je porte le Monde depuis l’aube des temps

Et mon rire sur le Monde, dans la nuit, crée le Jour »

Après l’indépendance, il occupe divers postes politiques en Cote d’Ivoire, exerçant tour à tour les fonctions de chef de cabinet du ministre de l’éducation nationale, de directeur des affaires culturelles,d’inspecteur général des Arts et Lettres, et de ministre de la Culture et de l’information en 1977. Un parcours politique rythmé par les publications littéraires de l’écrivain.

Une œuvre littéraire prolifique

L’œuvre de Dadié est à l’image de son talent : immense et diversifiée. Il aura réussi à signer des classiques dans tous les genres littéraires. Au nombre de ses romans et chroniques, Les Villes paru en 1933, Patron de New York paru en 1956, Un nègre à Paris paru en 1959, et La ville où nul ne meurt paru en 1968. Il a publié les pièces de théâtre Monsieur Thôgô-Gnini (1970), Mhoi ceul (1979), Béatrice du Congo (1995), Les voix dans le vent (1970) et Papassidi maître escroc auxquels s’ajoutent les nouvelles Légendes Africaines (1954), Le Pagne noir (1955), Commandant Taureault et ses nègres (1980), et Les Jambes du fils de Dieu (1980). Quant aux recueils de poésie, Afrique debout (1950), La Ronde des jours (1956), Je vous remercie Mon Dieu, et Les lignes de nos mains, ils complètent une bibliographie comptant également des œuvres autobiographiques, Climbié paru en 1952 et Carnets de Prison 1949-1950 paru en 1984. Un tableau de chasse littéraire à faire pâlir d’envie les plus grands passionnés de littérature du monde.

Immortel

Nombre d’œuvres de Bernard Dadié figurent dans les programmes d’enseignement secondaire de la majorité des pays africains. Une reconnaissance pédagogique méritée doublée d’une consécration professionnelle. La figure de proue de la littérature ivoirienne a en effet remporté deux fois le Grand Prix littéraire d’Afrique Noire pour Patron de New York et La ville où nul ne meurt. Des récompenses considérées par la critique comme insuffisantes et nettement dévalorisantes de l’une des bibliographies africaines les plus complètes et les plus riches. Une injustice qu’a »rattrapé » l’Unesco en décernant à Dadié le premier Prix Jaime Torres Bodet au cours d’une cérémonie organisée à Abidjan le 11 février 2016. La directrice de l’institution onusienne Irina Bokova avait alors salué l’œuvre d’un « pionnier et géant de la littérature africaine ». En attendant une entrée au panthéon africain.

Source : ecceafrica

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