CULTURE - MUSIQUE : Ces monstres sacrés qui ont marqué la musique Africaine.


Leurs mélodies ont résonné dans les foyers et discothèques du monde entier. Explorant des univers musicaux différents, du Jazz à la Rumba, de l’Afrobeat au morna cap-verdien, de la musique traditionnelle au mbalax, ils ont popularisé une musique marquée du sceau de l’Afrique. Pionniers, ils ont chacun à leur manière contribué à faire entrer le continent dans des cercles a priori fermés et ont conquis les cœurs, indifféremment des frontières culturelles. Un exploit qui rappelle que la musique est fondamentalement universelle. Retour sur dix légendes africaines qui ont fait de leur talent musical un facteur de rayonnement sur la scène internationale.

1 - Manu Dibango, le « Grand Frère »

copyright Griot GmbH and Lamine Diakite

Son tube Soul Makossa a fait le tour de la planète et traversé des générations, repris notamment par le roi américain de la pop Mickael Jackson. La vedette camerounaise Manu Dibango est incontestablement un virtuose du Jazz qui a ouvert les portes du monde occidental à la musique africaine. Chef d’orchestre en 1960 dans la boîte bruxelloise »les Anges Noirs », il côtoie politiciens et intellectuels zaïrois, en pleine négociation pour l’indépendance de leur pays. Il enregistrera alors le populaire Indépendance Cha Cha. Au cours de sa carrière, il a collaboré avec les plus grands artistes africains, de Youssou N’Dour à Salif Keita en passant par Angélique Kidjo et Papa Wemba. Le 8 septembre 2015, la Secrétaire Générale de l’Organisation Internationale de la Francophonie, Michaëlle Jean, nomme Manu Dibango Grand Témoin de la Francophonie aux Jeux Olympiques et Paralympiques de Rio 2016.

2 - Miriam Makeba, la « Mama Afrika »

De son vrai nom Zenzile Makeba Qgwashu Nguvama, la diva sud-africaine Miriam Makeba s’est éteinte à 79 ans, le 9 novembre 2008, à Castel Volturno, en Italie, laissant en deuil le monde de la musique. Virtuose de l’ethno-jazz et militante politique anti-apartheid, elle demeure probablement la femme et la chanteuse africaine la plus célèbre de la planète. Son tube planétaire Pata Pata, sorti en 1956, est repris notamment par une star française de l’époque, Sylvie Vartan. Miriam Makeba entre dans l’histoire la même année, en devenant la première femme noire à obtenir un Grammy Award. Ce dernier est partagé avec son parrain américain Harry Belafonte pour leur disque commun « An evening with Harry Belafonte and Miriam Makeba ». Une consécration pour la chanteuse polyglotte dont les tubes tels que Back on the moon, Quickly in love ou encore Malaika sont devenus intemporels. Elle a eu le privilège de chanter au Madison Square, pour l’anniversaire du président Kennedy, accompagnée de la légendaire Marilyn Monroe.

3 - Salif Keita, la grande voix mandingue

Né à Djoliba le 25 août 1949, Salif Keita est un seigneur de la chanson malienne, qui s’est bâti une brillante réputation en dépit des préjugés. Souffrant d’albinisme dans une région où les albinos sont mal vus en raison des pouvoirs maléfiques qui leur sont attribués, il quitte tôt sa famille pour tenter sa chance à Bamako. Un coup gagnant puisque son talent ne tarde pas à exploser. Devenu une star internationale en 1986 avec son album de blues-rock interprété en malinké, Soro, il intègre le cercle fermé des vedettes de la world music en participant à un concert organisé à Londres pour le 70ème anniversaire de Nelson Mandela, aux côtés notamment du sénégalais Youssou N’Dour.

Le 12 décembre 2004, à Johannesburg en Afrique du Sud, il est distingué aux Kora Awards pour l’ensemble de sa carrière. Signé par le prestigieux label américain Universal, il a remporté en 2010 la Victoire de la musique dans la catégorie « Album musiques du monde de l’année ». Une belle récompense pour l’interprète de La différence, qui a été nommé le 19 juillet 2010 Ambassadeur de la paix par Jean Ping, alors président de la commission de l’Union africaine, afin de soutenir « les efforts de la Commission pour résoudre les conflits et promouvoir la paix sur le continent ».

4 - Franco Luambo, le grand maitre de la rumba congolaise

Né le 6 juillet 1938 à Sona-Bata dans la région du Bas-Zaire, François Luambo Luanzo Makiadi a fait sensation dès l’age de 12 ans dans la bande de Dewayon. Chanteur et musicien, il reste à ce jour le plus prolifique des compositeurs congolais. Connu pour avoir été un des maîtres de la rumba congolaise, il a fait partie du groupe OK Jazz, puissant orchestre kinois de Jazz. C’est en 1985 que sort son plus grand succès, Mario, qui raconte l’histoire cocasse d’un gigolo qui vit chez une femme plus âgée. Le titre sera repris en 2006 par le groupe Africando. A sa mort, le 12 octobre 1989, celui qui est considéré comme le fondateur de la musique congolaise contemporaine, a droit à un deuil national de quatre jours. « C’est la chute du grand baobab. Dans le ciel musical africain plus rien ne sera comme avant. Commence alors la légende d’un homme qui a influencé de tout son poids, dominé de son imagination, occupé de sa grandeur le devant de la scène musicale », commente le site universrumbacongolaise.com.

5 - Fela Kuti, « the Black President »

Fela Prentice Anikulapo Kuti est sans contexte le monstre sacré de l’Afrobeat. Un concept qu’il a inventé et qui est une fusion des éléments afro-américains du funk, du Jazz, de la musique d’Afrique occidentale, de la musique traditionnelle nigériane et des rythmes yorubas. Mort le 2 août 1997 à Lagos, le chanteur, saxophoniste et chef d’orchestre est le fondateur de l’organisation République de Kalakuta au Nigéria. Populaire à ses débuts auprès des laissés-pour-compte des ghettos de Lagos, le Black President se sert de la musique comme d’une arme pour brosser un sombre tableau des mœurs socio-politiques. Ses morceaux, qui durent en moyenne un quart d’heure, sont accompagnés de paroles en pidgin (l’anglais du petit peuple) contre la dictature militaire, la corruption qui gangrène les élites et décrivent aussi la misère de la rue. Au-delà de ces tableaux sombres, Fela Kuti suggère aussi aux Africains de conquérir leur liberté par un retour aux sources qui leur rendra leur identité et leur vérité. L’interprète de Zombie est resté un artiste très aimé au Nigeria. Un exemple de cette popularité est l’organisation d’une série d’événement appelés Felebration qui, chaque année, rendent hommage à l’artiste le jour anniversaire de sa naissance.

6 - Angélique Kidjo, la show woman béninoise

Elle vient de remporter, le lundi 15 février 2016, le troisième Grammy Award de sa brillante carrière, consacrant pour la deuxième année d’affilée son album comme »meilleur album de musique du monde », et pourtant la star béninoise de 55 ans semble inarrêtable. Débordant d’énergie, joviale et engagée pour la cause de la paix, l’artiste au sourire lumineux a égayé plusieurs générations, s’imposant comme un monstre sacré de la musique d’inspiration traditionnelle. Sa musique, appréciée pour sa grande diversité, a fait entrer l’Afrique dans des cercles fermés. Ambassadrice de bonne volonté de l’Unicef, elle a été classée par le magazine américain Forbes parmi les 40 célébrités africaines les plus influentes. Une reconnaissance méritée pour l’interprète aux innombrables tubes tels que Wombo Lombo.

7 - Cesaria Evora, la « Diva aux pieds nus »

Décédée le 17 Décembre 2011 à 70 ans, Césaria Evora est une chanteuse cap-verdienne de morna coladeira. Un genre musical qu’elle a popularisé auprès du grand public dans le monde entier. De sa voix rauque et atypique, elle a mené une carrière d’enregistrement et de représentations de 54 années, de 1957 à 2011. Chantant majoritairement dans sa langue maternelle, le créole cap-verdien, mais aussi en français, elle tient son surnom, « la diva aux pieds nus », de son habitudeà monter sur scène sans chaussures. En 2004, Cesária Évora reçoit un Grammy Award, celui du meilleur album de musique du monde pour l’album Voz d’Amor. Elle a également remporté une 2ème Victoire de la musique après celle obtenue en 1999 pour Café Atlântico. Une consécration pour l’artiste aux 4,5 millions de disques vendus.

8 - Youssou N’dour, le « Roi du Mbalax »

Youssou Madjiguène N’Dour, né le 1er octobre 1959 à Dakar, est un auteur-compositeur, interprète et musicien à la renommée internationale. »Roi du mbalax » au Sénégal, il a marqué son entrée en politique en s’engageant dans le mouvement anti-Wade. Ancien ministre puis conseiller du président Macky Sall, depuis septembre 2013, il aura offert à la musique internationale des tubes comme 7 seconds en duo avec la chanteuse Neneh Cherry. Il a également prêté sa plume à La Cour des grands, l’hymne officiel de la Coupe du monde de football de 1998 et à la musique du film d’animation Kirikou et la Sorcière, sorti la même année.

Ambassadeur de bonne volonté pour l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) et pour l’UNICEF, il a été récompensé le 13 février 2005 par les Grammy Awards pour son album Egypt dans la catégorie meilleur album de musique du monde. Un graal qui complète un riche palmarès. Youssou N’Dour a en effet été fait docteur honoris causa de l’université de Yale aux États-Unis en 2011 et remporté, en mai 2013, le prix Polar Music.

9 - Douk Saga, « le président »

Le continent africain se rappelle encore, ce jour triste pour l’histoire de sa musique. Cette longue procession dans les rues d’Abidjan. Des messages de soutien pour la famille de celui qu’on surnommait « le président ». À l’état civil Doukouré Stéphane, Douk Saga est né le 22 mai 1974 à Yamoussoukro, et mort le 12 octobre 2006 à Ouagadougou. Reconnu partout dans le monde comme le créateur du « coupé-décalé », le chanteur ivoirien a eu, à travers sa musique, une influence considérable sur la culture musicale africaine, mais également sur le climat politique dans son pays. Sa musique a notoirement contribué dans son pays, la Côte d’Ivoire, à soigner les blessures des guerres civiles. Durant sa brève mais fulgurante carrière, il a fait danser l’Afrique, mais également le monde sur ses mélodies entraînantes. Il s’érige également en modèle de vie pour une génération en créant avec la jet-set ivoirienne, une sorte de rêve africain.

Si ces légendes ont marqué d’une empreinte indélébile l’histoire musicale de l’Afrique et du monde entier, leur héritage se dispute âprement. Ainsi des stars de la nouvelle génération P-Square, Davido, Wizkid, Serge Beynaud ou Zeynab, comptent tout au moins inscrire leurs noms aux cotés de ces pionniers qui ont fait la fierté du continent.

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