HAÏTI - LETTRE OUVERTE : " Rien ne peut nous arrêter "


Nous, Haitien(e)s, nous avons encore le pouvoir

Je suis née sur une terre qui porte en elle des trésors inestimables. L’histoire d’un peuple digne d’une épopée des plus fantastiques. Celle qu’on n’hésiterait pas à adapter au cinéma dans un monde égalitaire. Mais, cette reconnaissance on ne l’a pas. Qui voudrait exposer sur la scène internationale le parcours éclatant d’une nation noire des Caraïbes ? Elle représente une tache indélébile sur le blason dorédes puissances occidentales. Un souvenir honteux qu’on préfère refouler dans son inconscient. D’autant plus, que ce peuple fait partie de ces groupes d’hommes et de femmes qui sont prêt.e.s à mourir pour leur liberté. Et la preuve que l’aliénation, la déshumanisation et les châtiments ne suffisent pas toujours à réprimer le cri de la liberté. Et que les chaines mentales et physiques ne sont pas des obstacles à l’émanation du pouvoir d’exister en tant que sujet.

Notre nation a fait germer les principes d’égalité et de justice pour tous. Non, notre indépendance n’a pas été un cadeau de notre oppresseur. La France n’a pas aboli l’esclavage sur notre terre, on a déclaré l’indépendance de ce peuple qui a courageusement combattu pour sa liberté. Femmes, hommes, noirs, mulâtres et blancs créoles y ont tous contribué. On n’a pas eu besoin de déclarer les droits de l’homme et de la femme sans distinction de race. Nous en sommes l’exemple vivant. L’une des premières nations à avoir eu une femme comme chef d’état au siècle dernier. Ou encore un prêtre de la classe populaire. Nous sommes un peuple de cœur, passionné, qui croit dans la liberté. Notre passion nous a perdus à maintes reprises. Non pas parce que nous sommes illettré.e.s, ignares et bêtes. Mais parce que la flamme de la liberté brule encore dans notre âme collective. On y tient et on ne lâchera pas.

Cette flamme, elle nous rassemble même à des milliers de kilomètres. Elle nous permet de ne jamais oublier la terre natale « Lakay se lakay » dit-on souvent. Elle est comme cet enfant qui nous a fait beaucoup souffert mais qu’on ne peut haïr, car il est de notre chair. Plus elle nous blesse plus on l’aime. Notre fierté est d’autant plus forte que notre patrie se décline. Le culte du pouvoir, de l’argent et l’oppression du néocolonialisme a eu raison de notre belle épopée. « La perle des Antilles » n’est plus que le pays le plus pauvre du monde, clame-t-on. Ces occidentaux ont cette manie de vouloir vous évaluer à leur guise. Et parfois ça marche, car certains d’entre nous sont prêt.e.s à être dirigé.e.s par ces vautours sans scrupules. Nous sommes arrivé.e.s au bout de notre désespoir. L’avenir est incertain pour notre chère Haïti. La flamme de la liberté s’éteint progressivement. Est-ce la fin qui approche ? Ou au contraire allons-nous écrire un nouveau chapitre digne de notre incroyable patrimoine ?

Votre voyageuse d’âmes.

Soure : http://lesvoyageursdames.blogspot.fr/

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