DROITS CIVIQUES - Black Panther Party


Le Black Panther Party (à l'origine le Black Panther Party for Self-Defense) est un mouvement révolutionnaire afro-américain formé en Californie en 1966 par Bobby Seale et Huey P. Newton. Il a atteint une échelle nationale avant de s'effondrer à cause de tensions internes et des actions menées par l'État, en particulier par le FBI (arrestations et agitation de factions rivales via des infiltrés) L'organisation est connue pour son programme « Free Breakfast for Children », l'utilisation du terme « pigs » (cochons) pour décrire les agents de police corrompus ainsi que pour avoir apporté des armes à feu à l'assemblée législative californienne.

Naissance de l’organisation

Le Black Panther Party est le fruit de la rencontre de deux jeunes militants de la cause noire, Huey P. Newton et Bobby Seale, à Oakland dans la région de la baie de San Francisco en Californie. Selon les sources, les deux hommes se seraient rencontrés en 19621 au Merritt College d’Oakland auquel Newton s'était inscrit en droit ou lors de conférences organisées par l’Afro-American Association (AAA), une association née sur le campus de Berkeley en 1961 dont l’audience était importante dans le sud de la Californie. Son leader, Donald Warden, était l'une des figures locales de la communauté noire.

Newton, plus radical que Seale, est alors attiré par le nationalisme noir prôné par Malcolm X. Celui-là est à l’origine plus proche de la position intégrationniste et non-violente du NAACP (National Association for Advancement of Colored People), dont il commence à se détacher. Les deux hommes se détachent rapidement de l’AAA pour rejoindre le Revolutionary Action Movement (RAM) qu’ils quittent aussi bientôt, critiquant sa démarche trop tournée vers la réflexion théorique et son incapacité à porter son action sur le terrain pour résoudre les problèmes concrets rencontrés par les plus pauvres des Afro-Américains.

Origine du nom

L’emblème et le nom de l’organisation s’inspirent directement de la Lowndes County Freedom Organization, un parti né dans le sillage de la Marche de Selma de 1965, organisée par une coalition d’organisation luttant pour les droits civiques. Lors de leur passage dans le comté de Lowndes (Alabama), composé à une écrasante majorité de Noirs mais dirigé par des démocrates blancs, les membres du Student Nonviolent Coordinating Committee (SNCC), parmi lesquels Stokely Carmichael, entreprennent de créer un parti dont la vocation est de représenter les intérêts des Noirs. Une démarche similaire a eu lieu en 1964 dans l’État du Mississippi où le Mississippi Freedom Democratic Party (en) avait avec succès contesté la « légitimité du Parti démocrate local ».

Modalités d'action

Les patrouilles de surveillance de la police

Convention des Black Panthers en 1970

En janvier 1967, le parti ouvre officiellement son premier bureau à Oakland. Il entreprend quelques mois après sa création une campagne de patrouilles visant à surveiller les agissements de la police de la ville. L’action est censée répondre au septième point de son programme : « Nous exigeons la fin immédiate des brutalités policières et des assassinats de Noirs ». Les Black Panthers s’inspirent d’actions équivalentes menées l’été précédent dans le quartier de Watts en Californie. Des « Patrouilles d'alerte des citoyens noirs » (Negro Citizen Alert Patrols) s’étaient organisées en équipant des véhicules de scanners destinés à écouter et suivre les voitures de la police de Los Angeles. Munies de livres de droit et de magnétophones, les patrouilles s'assuraient de la légalité de chacune des interventions des forces de l’ordre. L’opération avait cependant dû être interrompue après que la police eut détruit les appareils d’enregistrement et dispersé les patrouilles par la force13.

Les Black Panthers ajoutent un élément à la panoplie initiale du groupe de Los Angeles, en armant les participants des rondes de surveillance de la ville d’Oakland. L’objectif du groupe est toutefois de rester dans le strict cadre de la légalité. Il s'appuie sur le Deuxième amendement de la Constitution des États-Unis d'Amérique et la législation de l’État de Californie pour justifier le port d'armes non dissimulées de ses membres14. Ces derniers reçoivent une formation sur les droits constitutionnels fondamentaux en matière d'arrestation et de port d'armes.

Travail communautaire

Le parti a lancé une variété de programmes communautaires, initialement dans la région d'Oakland, incluant un programme de dépistage de la drépanocytose - et développant une analyse politique de cette maladie , des cliniques gratuites et des distributions de nourriture. Le programme qui a été de loin le plus populaire et qui a eu le plus de succès est sans doute le « Free Breakfast for Children Program », initialement d'une église de San Francisco et qui a nourri des milliers d'enfants durant l'histoire du parti.

Les Black Panthers ont aussi offert de nombreux autres services gratuits tels que des vêtements, des cours de politique et d'économie, des cliniques médicales, des leçons d'autodéfense et de premiers soins, transports vers les prisons pour les membres de la famille des détenus, un programme de soins ambulatoires d'urgence, mesures de réhabilitation à l'alcoolisme et à la toxicomanie. Ces cliniques gratuites, qui offraient vaccination, dépistage de la drépanocytose, et autres soins de base, offraient également un cadre politique d'analyse concernant les discriminations en matière de santé. Fonctionnant avec des employés à mi-temps et des bénévoles, elles plaçaient la santé dans un contexte social plus large, offrant par exemple des services d'aide juridictionnelle afin d'aider les Noirs à trouver de la nourriture ou un logement20. En raison du faible nombre de médecins noirs à l'époque (environ 3 % des médecins), ainsi que du parti-pris multi-racial des Panthers, la plupart des médecins de ces cliniques étaient Blancs, une partie d'entre eux s'étant engagé dans le mouvement des droits civiques lors de la campagne de 1964 des Freedom Summers20. Les Panthers ont permis à plus de 500 000 Afro-Américains de bénéficier d'un dépistage de cette maladie, avant qu'il ne soit reconnu par les établissements médicaux qu'elle affecte presque exclusivement les membres de la communauté noire[réf. nécessaire]. Afin de sensibiliser l'opinion, les Panthers participent même à une émission du Mike Douglas Show (en) aux côtés de John Lennon et de Yoko Ono afin de demander davantage d'études sur cette maladie . Selon A. Nelson, auteur de Body and Soul : The Black Panther Party and the Fight Against Medical Discrimination (2011):

« On comptait entre douze et quinze cliniques. À la suite de la fondation du Parti émergèrent des cellules locales auxquelles le siège cherchait à faire adopter les directives nationales. Ces cellules étaient censées ouvrir une clinique, lancer un programme de distribution de petits-déjeuners et vendre des journaux. Si, en 1966, le manifeste en dix points des Panthers ne comportait qu’une vague référence à la santé, toutes les cellules locales étaient censées avoir ouvert leur clinique dès 1969, de sorte qu’en 1972 le nouvel article 6 du manifeste révisé en dix points traitait uniquement des soins médicaux, accordant ainsi à la santé beaucoup plus d’importance dans l’œuvre politique du Parti. »

Au moins l'une de ces cliniques, le Carolyn Downs Medical Center à Seattle, existe toujours 21. La clinique Common Ground, fondée à La Nouvelle-Orléans après l'ouragan Katrina de 2005, l'a été par un ex-Black Panther, Malik Rahim .

Le parti a aussi combattu l'usage de drogues dans la communauté Afro-Américaine en arrêtant des opérations des trafiquants de drogue et en menant des campagnes d'information contre la drogue.

COINTELPRO et la répression du mouvement

Le 8 septembre 1968, le directeur du FBI, Edgar Hoover, qualifia le BPP de « menace la plus sérieuse à la sécurité interne du pays » . Les Black Panthers furent ainsi particulièrement ciblé par le programme de contre-insurrection COINTELPRO du FBI, qui tentait systématiquement d'interrompre les activités et de dissoudre le parti. COINTELPRO y arrivait par infiltration, propagande publique et la provocation de rivalités entre factions et ce principalement par l'envoi de lettres anonymes ou falsifiées. La police retenait le groupe par des poursuites interminables, des fusillades, des assassinats, des enquêtes, de la surveillance et des dirty tricks. Selon l'historien Ward Churchill,Black Panthers furent ainsi assassinés entre 1968 et 1976. En 1969, la police avait conduit plus de 13 raids sur des locaux du parti, et à la fin de l'année, on estimait que 30 Black Panthers risquaient la peine de mort; la perpétuité; des peines de prison allant jusqu'à 30 ans; et encore 155 étaient soit incarcérés, soit recherchés.

Lors de l'une des plus notoires de ces actions, le FBI et la police de Chicago ont pris d'assaut le 4 décembre 1969 le domicile de l'organisateur talentueux et charismatique des Panthers Fred Hampton, qui avait participé à la mise en place de la Rainbow Coalition et négociait une alliance avec le gang de Chicago Black P. Stones. Les personnes dans la maison, endormies lors de l'assaut, avaient été préalablement droguées par l'informateur du FBI William O'Neal. Hampton fut tué par balles ainsi qu'un autre cadre du BPP, Mark Clark. D'autres furent blessés, et les survivants battus puis accusés de tentatives de meurtre. Les charges furent abandonnées en 1972 à la suite d'un règlement à l'amiable, au cours duquel les charges contre des policiers pour obstruction d'enquête furent également abandonnées. En 1982, les familles des victimes reçurent plus d'un million de dollars en réparations.

Déclin et désintégration

La destruction du Parti est due aux dépenses légales et aux dissensions internes accentuées par COINTELPRO. En 1971, la direction nationale, avec Huey Newton à sa tête, exclut la section internationale du parti, dirigée par Eldridge Cleaver, ainsi que les sections de New York et de Los Angeles24. Les exclus étaient en faveur d'une voie révolutionnaire, et plusieurs d'entre eux rejoignirent la Black Liberation Army, tandis que d'autres (par exemple Eldridge Cleaver) ont repris une politique plus modérée, pacifique. Divers membres sont restés plusieurs années en prison à la suite des dossiers du COINTELPRO, dont certains demeurent incarcérés aujourd'hui (outre Mumia Abu-Jamal, toujours dans le couloir de la mort, on peut citer Mondo we Langwa et Ed Poindexter, condamné dans les mêmes circonstances que Geronimo Pratt (en) - voir l'affaire Rice/Poindexter (en), Sundiata Acoli, l'un des Panther condamné en même temps qu'Assata Shakur, etc.).

Un groupe s'appelant le New Black Panther Party a émergé de la Nation of Islam plusieurs décennies après la chute des Black Panthers originaux. Des membres du Black Panther Party original les ont publiquement et durement critiqués. Par exemple, la Dr Huey P. Newton Foundation insiste sur le fait qu'il « n'y a pas de nouveau Black Panther Party ». Une nouvelle National Alliance of Black Panthers a été formée le 31 juillet 2004, inspirée par l'activisme de l'organisation initiale, mais non autrement reliée. Leur présidente est Shazza Nzingha.

#CHRONIQUES

Posts à l'affiche
Posts Récents
Archives
Rechercher par Tags
Pas encore de mots-clés.
Retrouvez-nous
  • Facebook Basic Square

© 2021 Africana TV CARAIBES .