ANTILLES - AGRICULTURE : La Banane Antillaise menacée par un redoutable champignon


Le Tropical Race 4 (TR4), un redoutable champignon blanchâtre d'origine indonésienne a déjà éradiqué 100 000 hectares de bananeraies en Asie, en Afrique, en Australie...et menace désormais les Antilles. Faut-il s'en inquiéter ?

Les conséquences du champignon Tropical Race (TR4) sur la banane, le fruit le plus consommé en France après la pomme, inquiètent les experts. En quelques mois, ce petit champignon blanchâtre d'origine indonésienne a déjà éradiqué plus de 100 000 hectares de bananeraies en Asie, en Afrique et en Australie…Il menacerait désormais la Guadeloupe et la Martinique, dont la filière banane est la principale source d'emplois et de revenus agricoles, et plus largement l'Amérique latine.

Un risque potentiel important pour la production aux Antilles

Le mal en question est une variante de la maladie de Panama qui avait provoqué de très gros dégâts sur le bananier Gros Michel (le Makangia antillais) dans les plantations d’Amérique et en premier lieu à Panama. Il provoque le dessèchement, le jaunissement puis le dépérissement des plantations et, selon les experts, une fois installée, la maladie peut survivre durant des décennies et les fongicides demeurent inefficaces. La souche infectieuse TR4 s'attaque aux bananes de la variété cavendish, de très loin la plus cultivée et la plus commercialisée dans le monde puisqu'elle représente plus de 16 millions de tonnes. Une variété qui avait été développée car elle résistait à d'autres formes de champignon, qui avait décimé la variété Gros Michel dans les années 1940 et 1950.

Aucun bananier ne devrait être introduit dans les régions indemnes

"Le TR4 représente un risque potentiel important pour les Antilles qui alimente le marché européen et plus particulièrement français" indique André Lassoudière, expert en culture bananière, qui ajoute "Le TR4 n'est pas le seul, des viroses et bactérioses, non présentes actuellement mais existant dans diverses régions d’Asie et d’Afrique de l’Est, pourraient aussi, dans l’avenir, perturber gravement la production si des précautions sévères d’introduction de matériel végétal ne sont pas mises en œuvre avec rigueur. Aucun bananier ne devrait être introduit directement dans les régions indemnes. D’ailleurs, si vous arrivez aux Antilles, on vous le rappelle et on vous demande de remettre les végétaux qui seraient dans votre valise aux Services de la Protection des végétaux. Il faudrait un contrôle plus strict, d’autant plus que des parasites concernant d’autres plantes peuvent aussi être introduits."

L'avenir de la banane Antillaise

La création de l’UGPBAN, l'Union des Groupements de Producteurs de Banane de Guadeloupe et Martinique, en 2003, a permis de restructuer le secteur de production bananière de la production à la mûrisserie. l’UGPBAN est en position forte sur le marché, en particulier français. Dans le monde bananier, c’est le seul exemple où se sont les planteurs qui sont les maîtres et non les importateurs. La solution pour assurer l'avenir de la production de la banane aux Antilles pourrait venir de la diversification des variétés cultivées. Malheureusement indique André Lassoudière, "il n’existe pas, dans le monde, de variétés résistantes. Pour cette raison, un gros effort est en cours pour créer de nouvelles variétés hybrides aux Antilles résistantes ou tolérantes aux divers parasites comme les bactéries, les virus, les champignons..." Plusieurs variétés sont en actuellement en cours d’évaluation pour la commercialisation mais leurs caractéristiques, différentes de la Cavendish, vont entraîner une modification du mûrissage et devront s'adapter au goût des consommateurs. Pour André Lassoudière"c’est l’avenir, car les consommateurs sont de plus en plus avides de changements, de diversité de goûts. Je pense que les prix de vente de ces nouvelles variétés seront peu différents de ceux de la Cavendish. Et même s’ils l’étaient légèrement, les gains sur la qualité biologique et sur l’environnement seraient considérables."

*André Lassoudière est ingénieur expert en culture bananière et ancien chercheur. Il est également l'auteur de trois livres publiés par les éditions Quae (Paris) : Le bananier et sa culture (2007), L’Histoire du bananier (2010), Le Bananier : Un siècle d'innovations techniques (2012). Livres publié en 2014, disponibles sur le site TheBookEdition.com : Le bananier Mon Ami, Mon Maître ; Le bananier roi des végétaux ; Histoire bananière des Antilles ; Bananeraie Antillaise ; Histoire bananière d’Afrique ; Bananeraie Africaine

Source : la1ere.fr

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