SOMALIE - PORTRAIT : Fadumo Dayib, itinéraire d’une battante


Candidate à l’élection présidentielle de la Somalie en 2016, Fadumo Dayib est une ancienne réfugiée devenue fonctionnaire internationale. Une réussite à laquelle ne la prédestinait pas forcément son enfance marquée par la guerre civile. Retour sur le parcours de cette femme décidée contre vents et marrées à changer le destin de son pays.

Lorsque Fadumo Dayib a annoncé sa candidature à l’élection présidentielle, nombreux sont ceux qui ont pensé qu’elle était folle en raison du contexte sécuritaire dramatique du pays. Malgré les menaces de mort qui pèsent sur elle, cette mère de quatre enfants installée en Finlande refuse de céder à la peur. Elle aime à rappeler que « vous allez dans un match de boxe, même avec les mains liées ». C’est certainement cette détermination qui a gouverné sa brillante carrière.

Née au Kenya de parents somaliens, Fadumo Dayib est restée sans instruction jusqu’à l’âge de 11 ans où sa famille a été déportée en Somalie à cause des conflits ethniques. En pleine guerre civile, elle rattrape son retard scolaire en cinq ans. La Finlande leur offre par la suite l’asile, comme à des milliers d’autres réfugiés. Dayib, alors âgée de 17 ans saisira cette opportunité pour se concentrer sur ses études. Travailleuse acharnée, elle obtiendra une maîtrise en science de la santé, et une autre en santé publique. Elle mettra par la suite ses compétences pendant plus de 10 ans au service de l’ONU et de l’Union Européenne. Elle participe à l’installation de centres médicaux en charge de la prévention et du traitement des infections au VIH SIDA de la mère et de l’enfant. Bien que s’étant mariée et ayant fondé une famille en Finlande, elle ne cesse de penser aux souffrances de ses compatriotes vivant en Somalie.

Le retour au pays

Un profond désir d’aider ceux qui souffrent dans son pays natal, la ronge. Elle décide alors de superviser le centre médical de l’ONU dans son pays d’origine. Ainsi, en 2005, elle quitte sa famille en Finlande et rejoint le territoire autonome du Puntland, en Somalie. « La première nuit, j’ai dormi à poings fermés. Je me sentais enfin à la maison. J’avais l’impression de vivre le plus beau moment de ma vie » raconte-t-elle. Avec l’ONU, elle a ainsi travaillé sur les questions de santé maternelle et la prévention de la transmission mère-enfant du VIH par la mise en place des cliniques dans toute la Somalie. Mais les problèmes de sécurité ont incité l’ONU à l’évacuer à Nairobi six mois plus tard. Plus troublant, dit-elle, était l’hostilité et la méfiance que lui ont manifestée la plupart des Somaliens, qu’elle essayait pourtant d’aider. Les fantômes de l’exclusion revenaient la hanter.

Cela n’a cependant pas suffi à la démotiver. Une abnégation qu’elle puise dans sa force de caractère. Elle est en effet le premier enfant survivant de sa mère après la mort de onze enfants causée par des maladies pourtant traitables. Toutes ces épreuves l’ont déterminée à assumer un rôle politique de premier plan dans son pays.

Une réelle carrure de présidentiable

En plus d’être une battante, Fadumo Dayib a la force de ses convictions et un charisme certain. Elle se bat en dépit des risques qu’elle court : « Bien sûr, je pense à l’instabilité, je pense à l’insécurité, je pense aux défis qui m’attendent, mais je pense que ces défis s’imposent à toutes les femmes, où qu’elles se trouvent» dit-elle. La doctorante à l’Université de Helsinki se pose comme la candidate du changement. « J’ai espéré le changement pour mon pays pendant 25 ans, et personne ne semble s’en préoccuper, donc je suis décidée à prendre cette responsabilité», aime à affirmer la Somalienne de 42 ans. Malgré son brillant CV, elle demeure une femme, un facteur qui prend une toute autre dimension dans une société fondamentalement islamique et patriarcale. Les piques de ses adversaires politiques sont récurrents: « Ils disent que ma place est dans la sphère privée, pas dans l’espace public, que cette ambition est anti-islamique. » Une fois élue, Dayib envisage concentrer ses politiques sur la sécurité et le développement économique, en particulier pour les femmes et les filles, dont la situation est pire que celle des hommes. Consciente des défis à relever, elle reconnaît que « Quatre ans pour effectuer le changement, c’est insuffisant. Les défis sont immenses. ».

D’où l’impératif de s’y atteler dès 2016.

ecceafrica

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