BURKINA:La Voute Nubienne, ou comment retrouver dans le passé, la maison du futur.


C’est une ancienne technique de construction africaine réutilisée par une association née au Burkina Faso. Autour de la Voute Nubienne, c’est désormais tout un écosystème économique et politique qui se crée. L’Association de la Voûte Nubienne est présente au Burkina Faso, au Mali, au Sénégal, et depuis septembre 2014, au Ghana et au Bénin, son slogan : 1 Toit, 1 Métier, 1 Marché.

Lorsqu’elles s’en servaient pour construire leur habitat, les antiques populations nubiennes ne soupçonnaient sans doute pas qu’elles tenaient déjà dans ce passé lointain, le matériau de la maison du futur, pour les régions sahéliennes. La technique de la voûte nubienne montre aujourd’hui ses avantages et son apport au secteur de la construction dans ces régions. Deux personnes les ont perçus les premiers. Le maçon français Thomas Granier et son partenaire, l’agriculteur burkinabé Cyrille Oulou, ont décidé dans les années 2000 de fonder une association dont le but serait précisément de diffuser cette technique.

Une solution pour avoir accès à un habitat adapté Dans la pratique, la technique de construction de la voûte nubienne intègre comme matériau principal le banco, dont les bâtisseurs se servent pour modeler des briques séchées au soleil, ainsi que des pierres qui servent à la fondation. Le coordonnateur national de l’Association de la Voûte Nubienne (AVN) au Bénin interrogé à ce sujet, la présente comme « une solution pour permettre au plus grand nombre d’avoir accès à un habitat adapté aux conditions à la fois économiques, climatiques (…) [et qui] permet d’avoir un confort thermique qui n’existe pas dans les autres bâtiments. » Pour Benjamin Lebault, en s’insérant dans la problématique de l’habitat, l’AVN offre une alternative aux constructions « en dur », à grand renforts de taules, ciment et bois, dont le bilan est catastrophique en matière de protection des forêts, de résistance aux intempéries et de confort thermique, et pour cause ! Les murs ici ont une épaisseur moyenne de 60 centimètres (soit 4 fois l’épaisseur des murs d’un rez-de-chaussée ordinaire, ndlr) ce qui offre une stabilité thermique qui relativise le besoin d’utiliser les systèmes de refroidissement. Les toits voutés et construits en banco tout comme les murs, permettent une meilleure résistance aux vents et même la construction d’étages selon les plans du client. Et il ne s’agit ici que d’avantages techniques.

Dans le portefeuille économique, les mesures pèsent elles aussi en faveur de la voûte nubienne face aux techniques traditionnelles. Même si Benjamin Lebault recommande la prudence dans l’évaluation du coût d’un bâtiment qui peut être influencé par la proximité ou non de la matière première principale, la terre, il est facile de se rendre compte que l’achat et le transport seul de la terre, fut-il décuplé par la distance du chantier, n’atteindra que très difficilement les coûts cumulés de l’achat et du transport des ciment, sable, bois, feuilles de taule et autres graviers qui entrent dans les constructions traditionnelles.

« Le choix qui a été fait est de ne pas mettre en place des systèmes académiques de formation » En s’investissant dans la diffusion de la Voûte Nubienne, l’association Franco-Burkinabé a misé sur la transmission et la recherche de la demande. « 1 Toit, 1 Métier, 1 Marché », c’est ainsi que se résume la doctrine qui depuis une quinzaine d’années, sert de base à l’expansion du modèle. Un toit : la diffusion d’une technique de loin plus favorable et plus respectueuse du contexte socio-économique et climatique actuel des régions sahéliennes concernées. Un métier : la formation de maçons et autres métiers périphériques spécialisés autour de ladite technique. Un marché : l’intermédiation et la mise en relation avec des clients désireux de faire construire des bâtiments dans cette technique, ainsi que le développement d’un réseau de métiers périphériques…

Toutefois, ainsi que le rappelle Benjamin Lebault l’AVN a fait le choix de ne pas mettre en place des systèmes académiques de formation. En effet, s’en explique-t-il, « si on veut qu’il y ait une appropriation et une diffusion pour le plus grand nombre, en mettant en place des systèmes de cours académiques, l’on élimine toute une partie de la population qui serait désireuse d’apprendre la technique. » C’est pourquoi la formation des centaines de maçons qualifiés et artisans maçons spécialisés en voûte nubienne qui sont passés par l’AVN, s’est faite sur le modèle du compagnonnage, et de l’auto-évaluation ou de l’évaluation par leurs pairs, dans une dynamique de perfectionnement continuel.

Et la bataille de l’AVN ne s’arrête pas au seul domaine technique et social. Cette technique et adaptée seulement à l’habitat en région sahélienne, et l’AVN ne place pas encore parmi ses objectifs prioritaire, l’extension du modèle à d’autres régions climatiques, notamment tropicales. Au contraire, elle concentre ses énergies sur un autre combat : faire signer par le plus grand nombre de personnalités, un manifeste visant à déboucher sur une charte pour sensibiliser les acteurs de développement à la prise en compte des questions liées à la qualité de l’habitat dans leurs critères de financement. Le mérite de l’association a déjà été reconnu par de nombreuses distinctions internationales dont le prestigieux prix Momentum for Change attribué fin 2014 par l’UNFCCC (Convention-Cadre des Nations Unies sur les Changements Climatiques, ndlr), au cours de la COP 20 à Lima au Pérou.

Claude Biao

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