CULTURE - FESTIVAL : Congo in Harlem, ou quand le cinéma d'animation congolais fait parler de lu


Pour la septième année consécutive, le Festival Congo in Harlem a braqué ses projecteurs sur la production cinématographique ayant la RDC pour thématique principale. Du 18 au 25 octobre une programmation riche et variée a été proposée aux festivaliers new-yorkais. Le film d'animation congolais en faisait partie, il a donné le ton à cette septième édition. Reportage.

Il est 19h30, le soleil cède tout doucement sa place à la lune, on passe lentement mais sûrement sous la barre des zéro degrés Celsius, la nuit est froide. En plein Harlem, quelque part entre la 127ème et la 128ème avenue au 343 Malcom X Boulevard, seuls quelques courageux spectateurs s'empressent de franchir les portes du cinéma.

Coincé entre un restaurant et un autre commerce, le Maysles Center Documentary fait partie de ces bastions de résistance où l'on programme des films aux thématiques engagées que l'on ne verrait sûrement pas ailleurs à New-York. Accueillis par une odeur de pop corn dans le hall décoré de tissus wax et autre bogolan, les spectateurs sont dirigés vers la petite salle de cinéma ne pouvant contenir qu'une cinquantaine de personnes. Au programme ce 18 octobre, jour de lancement du festival, Les palabres de Mboloko, le premier film d'animation en stop motion réalisé dans les années 50 par Roger Jamar, un prêtre belge. Pour son avant première américaine, Nkanda, l'un des épisodes de la version restaurée des palabres de Mboloko est présenté par le réalisateur et père du cinéma d'animation congolais Jean Michel Kibushi.

Congo in Harlem c'est avant tout une histoire de cinéma, d'amitié et d'engagement. En 2007, trois jeunes cinéastes: Neslon Walker, Lynn True et Louis Abelman réalisent Lumo un film sur les violences sexuelles pendant les conflits en RDC. De retour aux USA, ils décident de maintenir le lien avec le Congo, et proposent le projet d'un festival à Albert Maysles, l'un des pionniers américains du cinéma direct. En 2008, la première édition du festival voit le jour. Depuis, c'est devenu une tradition, au mois d'octobre le Congo s'installe à Harlem. Du 18 au 25 octobre, cette année, les amateurs de film ont pu voir autant de films qui propose des traitements variés de la réalité congolaise.

Les aventures de Mboloko ont ouvert le rideau à New Work

Il est 20h, quand le film est lancé. Grésillements, images en noir et blanc tremblotantes, il faut quelques secondes avant que l’œil du spectateur non avertit soit complètement immergé dans la jungle habitée par Mboloko l'antilope.

"Ce film a été réalisé dans le respect des traditions et coutumes. Les autres images de cette époque comme Mata Mata et Pilipili dans la prise de vue réelle, étaient des images de propagande qui critiquait les mœurs de l'africainfustige Jean Michel Kibushi.

Qui dit film d'animation congolais, dit secteur cinématographique en plein balbutiement mais surtout en totale manque de ressources. "Pour réaliser un film de l'envergure de l'incroyable Mister Fox devenu une référence dans le monde de la stop motion, il faut un budget avoisinant les 15 millions d'euros, onze mois de tournage et pas de moins de soixante personnes pour la phase de tournage sans compter la phase de développement", explique le réalisateur congolais. On apprendra plus tard pendant la projection, que Jean Michel Kibushi est le seul qui réalise des films d'animation en RDC via sa structure Malembe Maa et que le père Roger Jamar lui a confié son œuvre avant de passer l'arme à gauche...

Parmi les invités, l'écrivain belge David Van Reybrouck auteur de Congo. Une histoire, a confié avoir découvert avec beaucoup de surprise l'univers de la stop motion au Congo.

Liha Mohammed étudiante en années préparatoires pour des études d'infirmière, vit dans le Bronx. Pour cette jeune femme d'origine nigériane, le festival a été l'occasion de découvrir un autre pays que le Nigeria et replonger dans les contes de son enfance. "Le film d'animation que j'ai vu ce soir m'a rappelé les fables que je lisais plus jeune. Et puis ce soir, j'ai croisé plusieurs visages connus, je me suis sentie à la maison".

"Congo in Harlem a pour ambition de montrer des films qui s'inscrivent dans la lignée des valeurs humanistes défendues par Albert Maysels fondateur du centre de documentaire dans lequel se déroule le festival tous les ans"revendique Neslon Walker, l'un des organisateurs.

Une programmation basée sur un voyage dans le temps

Tout au long de la semaine, les films proposés ont balayés l'histoire du Congo des années 1950 à nos jours. Le lundi, les festivaliers ont pu poursuivre leurs voyages dans le temps avec une collection de courts métrages prêté par la Cinémathèque de Belgique. Tout droit sortis de l'époque coloniale, De Boma à Tshela, La vie des pêcheurs etc... ont proposés un aperçu de ce qui se faisait au Congo pendant la colonisation. A l'image de la programmation, la fréquentation du festival a été crescendo. D'une timide fréquentation, le pic a été atteint en semaine avec les films Congo, un médecin pour sauver les femmes, de la réalisatrice sénégalaise Angèle Diabang, ainsi que deux documentaires en élaboration sur le rôle des mouvements sociaux et l'implication de la jeunesse congolaise dans le processus électoral en RDC. Congo in Harlem c'était aussi des panels et des moments riches de discussion avec les réalisateurs à la fin de chaque projection.

Avec un budget réduit octroyé chaque année par différents donateurs comme Vday, Panzi Foundation ou encore Culture de la résistance, le festival gagne en maturité depuis son lancement. Un festival qui gagne certes en maturité, qui défend les valeurs d'un cinéma d'auteur sûrement, mais qui peine encore à se faire connaître en dehors du cercle des "congophiles".

source: rtbf

#culture #CultureAfrica #CultureAmériqueduNord

Posts à l'affiche
Posts Récents
Archives
Rechercher par Tags
Pas encore de mots-clés.
Retrouvez-nous
  • Facebook Basic Square

© 2021 Africana TV CARAIBES .