NOUVELLE - CALEDONIE : Le crâne du grand chef Ataï va (enfin) rentrer chez lui


La France va restituer à une tribu kanak la tête d'un rebelle assassiné à la fin du XIXe et conservée depuis dans les cartons d'un musée. Récit.

Retour au pays natal pour les crânes du grand chef Ataï et son sorcier, tués en Nouvelle-Calédonie lors de la révolte de 1878 contre les troupes coloniales françaises. Ces reliques vont être remises par la ministre des Outre-Mer, George Pau-Langevin, aux clans de l’aire coutumière concernée lors d’une cérémonie qui se déroulera le jeudi 28 août au Muséum national d’histoire naturelle.

Ces dernières années, la France a déjà restitué des restes humains à plusieurs pays. En 2002, la dépouille de la Vénus Hottentote a été remise à l’Afrique du Sud ; en 2010, vingt têtes maories ont été remises à la Nouvelle-Zélande par les musées français. Dans tous les cas, les procédures ont donné lieu à de nombreux débats. Le crâne du grand chef Ataï n’a pas échappé à ces tergiversations.

Il faut dire que sa destinée est peu commune. A la fin des années 1870, les Kanak se révoltent contre les autorités françaises (la Nouvelle-Calédonie a été proclamée colonie française en 1853) qui s’emparent de leurs terres pour les attribuer à des colons. Au cours d’une embuscade, le chef Ataï est tué et sa tête est tranchée à la hache. Recueillie par un médecin de marine, elle va être expédiée à Paris (ainsi que celle du sorcier) et remise à Paul Broca, fondateur de la Société d’Anthropologie de Paris (SAP).

D’abord conservée dans un bocal d’alcool phéniqué, la tête va être moulée avant d’être décharnée, son cerveau étant également prélevé. En 1951, le crâne d’Ataï rejoint les collections du musée de l’Homme. Il ne sera jamais exposé. C’est le début d’un long silence. Deux livres de Didier Daeninckx, "Cannibale" (1998) et surtout "Le retour d’Ataï" (2002) vont remettre en lumière le destin du grand chef kanak.

Une délégation kanak va participer aux cérémonies

Des rumeurs affirment que son crâne a été caché, d’autres prétendent qu’il aurait été détruit durant la Seconde Guerre lors du bombardement de Rouen . "Faux", répond aujourd’hui Pascale Joannot, directrice-adjointe des collections et déléguée à l’outre-mer du Muséum national d’histoire naturelle. "Le crâne d’Ataï et de son sorcier ne figuraient pas dans l’inventaire des collections du Muséum car il n’y avait pas de fiche à leur nom dans le fichier manuel de la collection Broca, collection dont il était issu.A aucun moment on ne peut donc dire qu’ils ont été perdus.

Quant au fait qu’ils n’aient pas été exposés, il faut rappeler que le Musée de l’homme - actuellement fermé, il ré-ouvrira ses portes en 2015 après un grand chantier de rénovation - n’exposait que très peu de restes humains. Ces dernières décennies, il n’y avait essentiellement une vitrine avec une vingtaine de crânes, tous provenant du même cimetière du Haut-Moyen-Age parisien."

Il n’empêche. Si cette restitution a lieu aujourd’hui, c’est parc que les Kanak l’ont réclamé. "Pour nous, affirme Bergé Kawa, grand chef coutumier du district de La Foa venu à Paris à la tête d’une délégation Kanak pour participer aux cérémonies de retour du grand chef Ataï, il est un symbole éminent du combat que nous continuons à mener pour que nous soient restituées les terres qui ont été attribuées aux colons. Aujourd’hui, on construit des lotissements, on détruit les vestiges qui témoignaient de notre présence sur ces terres."

Il nous montre une carte sur laquelle figurent de nombreux points rouges. "Ces points, dit-il, désignent l’emplacement où vivaient des tribus. Elles ont toutes été décimées, des familles entières ont été exterminées. Alors pour nous, la figure d’Ataï est plus que jamais importante. Elle vient rappeler que, grâce à lui, le peuple Kanak existe encore aujourd’hui."

source: L'obs

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